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DOUBIER-DOURN

Doubier (T.), s. f., nappe. Empr. fr. ancien doublier[1].

Doué, s. m. Dieu, mbr. doe, corn. duy, cymr. dûiu- > dutc, vir. dia y gaul. *dïvos dans Divo-durum (Metz) et autres n. pr. : soit donc un celt. *deiu>o-, dér. d’une rac. DIw « briller », sk. dev-à, « dieu, divin », gr. δῖος (dios) = δῖϝ-ο-ς (diw-o-s) « divin », lat. deio-o-s > deus (cf. dious venu du gén. dïci), lit. dëo-a-s, visl. tiv-ar « les dieux », etc. Cf. deiz. Doues, s. f., variante de doutez. V. ce mot.

Dougen, vb., porter, mbr. doue « il porte », corn. duk, cymr. dug, vir. tue, ir. et gael. thug, cf. vir. do-uicc, ro-uicc, etc. : soit donc le préf. *tfo- (sous *rfa-), précédant une forme aoristique de la rac. GES (*é-gës-s-t « il porta », cf. mbr. dougas), laquelle se retrouve dans lat. gessi-t « il porta » et *ges-ô > gerô [2] ; cf. aussi visl. kas-t-a « jeter » > ag. to cast.

Douja, vb., craindre, mbr. dougiaff id. : phonétiquement régulier pour *doud-iaff, dér. d’un radical *doud- < *dout-, abstrait de l’empr. fr. ancien doubter > douter « craindre » (aujourd’hui re-douter).

Doulzil, s. m., clepsydre, arrosoir. Empr. fr. ancien dousil[3] « bonde de tonneau », plus anciennement « conduit d’eau » (bas-lat. duciculum).

Doun, adj., profond, mbr. don, cymr. dwfn, vir. dom-ain, ir. et gael. domh-ain id. : d’un celt. *dub-no-, rac. DHUB, d’où lit. dub-ù-s « profond », got. diuprs (= i.-e. *dheub-o-s), visl. diup-r, ags. dèop > ag. deep, vhal. tiof > al. tief « profond », etc. Cf. dour.

Dour, s. m., eau, corn. dofer > dour, cymr. dubr > dwfr, vir. dobur, ir. et gael. dobhar, gaul. dubron (d’Arb.) dans les noms de lieux qui sont aujourd’hui Douvres, etc. : d’un celt. *dub-ro-, dér. par suff. -ro de la même rac. que *dub-no- > br. doun. V. ce mot.

Douren, s. f., suc, jus, humeur : dér. du précédent.

Dourgen, s. f., anse : pour *dourngen, mbr. dornguenn, qui correspond à un celt. *durn-àk-inâ, « main [du vase] » ou « ce qu’on tient à la main », dér. de *durn-àko-. V. sous dourn.

Donrgi, s. m., loutre (chien d’eau). V. sous dour et M.

Dourn, s. m., main, corn. dorn, cymr. dwrn « poing » et dyrn-aid

  1. Conservé, entre autres, en patois normand.
  2. Zimmer, Stokes, Macbain. — Mais aujourd’hui M. Loth préférerait ramener simplement ce verbe à la forme réduite de la rac. DUK (lat. duc- « chef » et dùc-6 « je conduis », got. tiuh-an et al. zieh-en « tirer »), et expliquer cymr. duch « qu’il mène » par un celt. *douc-s-et subjonctif d’aoriste sigmatique : R. celt. XX, p, 80.
  3. Le mot a été altéré par l’étymologie populaire, qui l’a décomposé eu dour-zil « passoire à eau ». V. ces mots (sous stl).