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XXV
INTRODUCTION

du celtique. Il est superflu de dire qu’un dictionnaire étymologique n’a point à connaître de ces nécessaires mais déplorables néologismes. On ne rencontrera au lexique que les emprunts au français sur lesquels une personne connaissant les deux langues sans en connaître exactement l’histoire serait excusable d’hésiter un instant.


VI. Il serait évidemment excessif de tirer d’un travail aussi parcellaire une conclusion quelconque quant à l’ensemble de l’étymologie celtique. Il est pourtant une remarque qui s’impose : en feuilletant, soit ce lexique brittonique, soit son aîné de quatre ans et sa contrepartie gâdélique, le dictionnaire de M. Macbain, on sera frappé de la fréquence de la mention « Étymologie inconnue ». Ce n’est pas que proportionnellement peut-être elle revienne beaucoup plus souvent que dans un vocabulaire sanscrit, grec, ou surtout latin, dont l’auteur eût religieusement noté ses incertitudes et ses repentirs. Toute étymologie laisse nécessairement un semblable résidu. Lorsqu’il n’est pas imputable à l’imperfection de nos connaissances et de nos moyens d’investigation, il relève d’une circonstance aussi aisée à présumer que difficile à vérifier : le domaine conquis par chacune des peuplades indo-européennes était occupé avant elle par des tribus de race différente ; les Grecs, par exemple, avaient gardé le souvenir de semblables devanciers sous le nom de Pélasges ; et, comme ces autochtones furent partout asservis, nulle part en tout cas complètement anéantis, il est à supposer que quelques mots de leur langue survivent à notre insu dans le langage indo-européen de leurs vainqueurs. Mais ce qui semble exceptionnel dans le celtisme, c’est que, parmi ces mots qui demeurent en l’air, qui ne s’expliquent, ni par l’indo-européen, ni par un emprunt au latin ou au français, à l’anglo-saxon ou à l’anglais, il y en ait beaucoup de fort usuels, qui devaient appartenir à la vie de tous les jours ; — car les mots de ce genre sont généralement indigènes dans chaque langue ; — c’est que des mots comme beûré « matin », bloaz « année », kôz « vieux », sellout « voir », n’aient point du tout de répondant en dehors du celtique, que d’autres comme kenn « peau » n’en aient qu’au prix