Page:Heredia - Les Trophées 1893.djvu/159

La bibliothèque libre.
Cette page a été validée par deux contributeurs.
147
LA NATURE ET LE RÊVE


MER MONTANTE

 

Le soleil semble un phare à feux fixes et blancs.
Du Raz jusqu’à Penmarc’h la côte entière fume,
Et seuls, contre le vent qui rebrousse leur plume,
À travers la tempête errent les goëlands.

L’une après l’autre, avec de furieux élans,
Les lames glauques sous leur crinière d’écume
Dans un tonnerre sourd s’éparpillant en brume,
Empanachent au loin les récifs ruisselants.

Et j’ai laissé courir le flot de ma pensée,
Rêves, espoirs, regrets de force dépensée,
Sans qu’il en reste rien qu’un souvenir amer.

L’Océan m’a parlé d’une voix fraternelle,
Car la même clameur que pousse encor la mer
Monte de l’homme aux Dieux, vainement éternelle.