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ALEXANDRE (Princes anciens, MACÉDOINE)

tife et aux prêtres qui l’accompagnaient, marche à Jérusalem ; et, arrivé dans cette ville, il monte au temple et y fait les sacrifices que lui prescrit le pontife. Jaddus lui montre ensuite le livre de Daniel, où il était marqué qu’un Grec renverserait l’empire des Perses. Alexandre, persuadé que cette prophétie le regardait, en fut réjoui, et congédia l’assemblée. Le lendemain il fit rassembler le peuple, et lui demanda quelles grâces il désirait obtenir. Le grand prêtre le supplia de permettre aux Juifs de se gouverner conformément aux lois de leurs pères, et de les exempter de tribut la septième année : tout leur fut accordé. Il le pria encore de conserver aux familles juives qui étaient à Babylone et en Médie les mêmes privilèges ; ce que le prince macédonien promit sans peine. Ayant assuré que les Juifs oui voudraient le suivre auraient la liberté de vivre selon leurs lois rituelles, plusieurs s’enrôlèrent avec plaisir dans son armée. Alexandre les conduisit bientôt dans les villes voisines, qui se soumirent à lui. Les Samaritains de Sichem vinrent à sa rencontre non loin de Jérusalem, et le sollicitèrent de venir dans leur ville et d’entrer dans leur temple. Il leur en donna l’espoir à son retour. Alors ils lui firent la demande de ne pas payer de tribut la septième année, dans laquelle ils ne devaient pas ensemencer leurs terres ; et comme ils se disaient Hébreux, ce prince interrogea là-dessus les Sidoniens, qui le nièrent ; sur quoi il dit aux Samaritains : « Je n’ai accordé cette grâce qu’aux Juifs ; lorsque je reviendrai, mieux informé de la chose, je ferai ce qu’il me plaira[1]. »

Cette expédition contre les Juifs et les Samaritains est passée sous silence par tous les historiens d’Alexandre.

L’Égypte se soumit sans résistance. Alexandre voulut signaler sa nouvelle conquête par un établissement digne de lui. La longue et étonnante résistance des Tyriens, dénués de tout secours, lui donna une haute idée des ressources que pouvait fournir le commerce. Il résolut de les leur enlever en fondant, non loin des bouches du Nil, une ville qui, étant située entre Tyr et Carthage, pût s’attirer en même temps le commerce de l’une et de l’autre[2]. « Il choisit, dit Robertson, l’emplacement de cette ville avec un si merveilleux discernement, qu’elle devint une des places de commerce la plus considérable de l’ancien monde, et que, malgré des révolutions continuelles, elle ne cessa point d’être pendant dix-huit siècles le principal siège du commerce de l’Inde. » Ainsi furent réunies, par un intérêt commun, les nations de l’Occident et celles de l’Orient ; fruit d’une entreprise avouée par l’humanité, et qui mérite d’avoir plus de célébrité que la construction de ces pyramides, prodiges de travail et monuments éternels de la tyrannie des princes qui les firent élever. Les anciens rois d’Égypte, contents de leurs propres richesses n’enviaient point celles du dehors : prévenus contre les navigateurs étrangers, surtout contre les Grecs, ils mirent une garnison dans un lieu appelé Rhacotis, qui n’était alors qu’un village, et qui fit ensuite partie de la ville d’Alexandrie. Ils abandonnèrent même le terrain d’alentour aux pâtres qui étaient en état de défendre l’entrée du pays aux étrangers. Alexandre eut une politique bien différente : il résolut de tirer parti de la position avantageuse de cet endroit, qui, baigné au nord par la mer et au midi par le lac Maréotis, pouvait recevoir dans ses deux ports les richesses des contrées les plus éloignées et toutes les denrées de l’intérieur de l’Égypte, au moyen des canaux servant de communication entre le lac et le Nil, d’où ils étaient dérivés. Strabon, dont nous empruntons ici le témoignage, remarque encore que le bon air était un des avantages d’Alexandrie : elle le devait aux eaux qui la baignaient des deux côtés. « Les autres villes situées au bord des lacs ont un air épais et pesant en été ; et les vapeurs élevées par l’ardeur du soleil laissent leurs bords couverts d’un limon dont les exhalaisons sont méphitiques, et produisent des maladies contagieuses. Au contraire, à Alexandrie, le Nil, croissant au commencement de l’été, remplit le lac, et n’y laisse rien qui puisse corrompre l’air ; et en même temps les vents étésiens, soufflant du nord et traversant la mer, y tempèrent beaucoup les chaleurs. Son fondateur disposa même les rues de manière à être rafraîchies par ces vents. Cependant l’eau qu’on y buvait était souvent bourbeuse, et la nourriture dont le peuple se servait étant grossière et de mauvaise qualité, cette ville ne fut pas toujours exempte d’épidémies et de la maladie invétérée connue sous le nom d’éléphantiasis, qui y faisait quelquefois de grands ravages. Mais la prévoyance d’Alexandre ne pouvait s’étendre jusque-là ; et il fut sans doute frappé et déterminé par le principal avantage de sa nouvelle ville : c’était d’être le seul lieu de toute l’Égypte où l’on trouvât un abri sûr pour les vaisseaux. Alexandrie eut à peu près la figure d’une chlamyde ou manteau macédonien, et embrassa dès son origine un vaste terrain[3]. » Mais sa population ne s’accrut qu’avec son commerce, qui faisait encore des progrès très-considérables sous les empereurs romains. Les Grecs, qui ont débité tant de fables sur l’origine de leurs villes, en avaient aussi imaginé une sur la fondation d’Alexandrie. Elle nous a été conservée par Malala, qui fait sacrifier par ce prince une vierge nommée Macédoine. Jamais Alexandre ne se permit un tel excès de superstition : cette action barbare n’aurait inspiré que de l’horreur, et il ne voulait pas moins exciter en sa faveur l’enthousiasme des peuples vaincus, que les enchaîner par la crainte.

Ce fut sans doute dans ce dessein qu’il alla

  1. Josèphe, Antiquités judaïques, XI.
  2. Recherches historiques sur l’Inde, p. 19.
  3. Amm. Marcel., XXII, 16.