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849 ALEXANDRE (Princes anciens, ROME) 850
Grâces à la précaution qu’il avait prise de désigner d’avance toutes ses étapes, et d’y faire rassembler les provisions nécessaires à son armée, sa marche n’occasionnait aucun trouble, aucune exaction dans les provinces ; la discipline la plus sévère avait été ordonnée ; tout militaire qui s’en écartait était immédiatement puni. Cette rigueur, quoique tempérée par une constante sollicitude pour les besoins, le bien-être, la santé du soldat, blessait trop vivement les habitudes de désordre contractées sous les règnes précédents pour ne pas disposer les troupes à la révolte. Une légion tout entière prit parti à Antioche, pour quelques soldats punis par ordre du prince ; et Alexandre, debout sur son tribunal, sévit entouré d’une foule armée faisant entendre les cris les plus menaçants : « Taisez-vous ! leur dit-il d’une voix haute ; c’est l’ennemi et non pas votre empereur qu’il faut menacer de vos cris ; ils ne sauraient m’effrayer. Un mot de plus, et je vous casse. Qui ne sait pas obéir, n’est plus digne de porter les armes. « Et comme les clameurs continuaient : » Retirez-vous, citoyens, ajouta-t-il, vous n’êtes plus soldats (1) [1] ! » Tel était encore le prestige du titre de militaire, qu’à cette appellation de citoyens, qui semblait les dégrader, les soldats égarés rentrèrent en eux-mêmes. Honteux de leur conduite, ils reportèrent au camp leurs armes et leurs drapeaux, puis vinrent se loger dans la ville ; et quand, après un mois de repentir, Alexandre-Sévère consentit à les rappeler au service, ils se montrèrent plus zélés, plus disciplinés, plus ardents qu’aucun des autres corps de l’armée.

Les événements de la guerre Persique sont racontés d’une manière bien différente par les historiens. Si l’on en croit Larapride, Alexandre vainquit Ardeschir malgré les sept cents éléphants, les dix-huit cents chariots armés de faux et la nombreuse cavalerie qui l’entouraient. Suivant Hérodien, le succès aurait été tout contraire. Alexandre, nous dit-il, avait divisé son armée en trois corps : l’un était entré dans la Médie par les montagnes d’Arménie ; l’autre était dirigé vers la pointe orientale de la Mésopotamie, tandis qu’Alexandre, à la tête du troisième, restait dans une inaction coupable qui permit au roi des Perses de triompher sans peine, aidé par la rigueur du climat dans les montagnes, et, dans les plaines, par les maladies qui décimèrent les Romains. Quelle que soit la vérité entre ces deux versions si contraires, nous savons qu’Alexandre de retour à Rome rendit compte aux sénateurs d’une victoire complète. Lampride a extrait son discours des actes du sénat le septième jour des calendes d’octobre : « Pères conscrits, dit l’empereur, nous avons vaincu. Un long discours est inutile : trois cents éléphants avec des tours chargées d’archers ont été pris, deux cents ont été tués sur place. Cent vingt

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mille cavaliers ont été mis en fuite, dix mille armés de toutes pièces sont restés sur le champ de bataille. La Mésopotamie est reconquise ; le roi des Perses s’est enfui, abandonnant ses drapeaux aux lieux mêmes où, du temps de Crassus, nous avions perdu les nôtres. Nos soldats reviennent chargés des dépouilles de l’ennemi ; la gloire leur a fait oublier leurs fatigues. A vous, pères conscrits, de voter des remercîments aux dieux ! » Aussitôt des acclamations unanimes se firent entendre dans le sénat : « Auguste Alexandre, que les dieux te conservent ! Tu as mérité le surnom de Persique ; reçois-le. Gloire au jeune empereur, au père de la patrie ! Celui-là est sûr de vaincre, qui sait commander (1) [2]. » Une médaille nous a conservé un témoignage irrécusable et contemporain du triomphe d’Alexandre (2) [3] : il y est représenté sur un quadrige, revêtu du paludamentum ou habit militaire, et il est remarquable que c’est le premier empereur qui ait ainsi triomphé. Avant lui, les triomphateurs ne revêtirent pas l’habit militaire, mais la toge peinte ou palmée. Josèphe parlant du triomphe de Vespasien ou de Titus (3) [4], les monuments qui représentent le triomphe de Trajan (4) [5], les médaillons de Marc-Aurèle, de Lucius Vérus, ou de Commode, frappés dans des circonstances identiques, ne nous laissent aucun doute à cet égard.

Après le triomphe vinrent les jeux du cirque, puis un congiaire au peuple, puis les récompenses données aux soldats,dont un certain nombre furent dotés de domaines sur les frontières, domaines transmissibles à leurs fils, sous la condition que ces fils entreraient au service comme leurs pères. A peine terminées, les fêtes célébrées en l’honneur de la paix furent remplacées par de nouveaux bruits de guerre. Les Germains avaient fait irruption dans les Gaules, et Alexandre partit en toute hâte pour les combattre. Son armée semblait pleine d’ardeur ; le peuple l’accompagnait, comme à son précédent départ, de ses vœux et de ses larmes : mais sa fortune devait échouer contre ce même obstacle qui se dressait sans cesse devant lui, l’indiscipline de ses troupes. Il trouva des légions révoltées sur la frontière du Rhin, et fut obligé de les casser ; rigueur qui sembla d’abord lui réussir, dit Aurélius-Victor, et qui bientôt causa sa perte (5) [6]. En effet, un Goth, né en Thrace, qui devait à sa force herculéenne son avancement dans l’année, Maximin, profita du mécontentement des soldats, toujours prêts à donner la pourpre à quiconque leur promettait des largesses ; et, s’étant fait proclamer empereur, il fit tuer par quelques sicaires Alexandre et sa mère Mammée, qui ne quittait jamais son fils. Tous deux se trouvaient

  1. (1) Quirites, discedite, atque arma deponite. Lamp. in Alex., § {sc|liii}.
  2. (1) Lampride, ch. lv.
  3. (2) Voy. Vaillant, Num. prœst., t. II, p. 285.
  4. (3) Liv. VII, De bello Jud.
  5. (4) roy. Fabritti, De col. Traj.
  6. (5) Quod in prœscns gloriae, mox exitio daturo. Aur. Victor, De Caesaribus.