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851 ALEXANDRE (Princes anciens, SYRIE) 852
alors dans un bourg nommé Sécila, près de Mayence. Ainsi périt à vingt-six ans, et dans la quatorzième année de son règne, un des meilleurs empereurs qui aient consolé l’empire romain de tant de règnes licencieux ou sanguinaires. Hérodien, qui lui est peu favorable, et lui reproche plusieurs fois une pusillanimité incompatible avec les qualités d’un grand prince, rend cependant toute justice à la douceur de son caractère et à ses inclinations bienfaisantes. C’est à sa mère Mammée qu’il reproche d’avoir rendu, par une avarice profonde, son fils odieux à des soldats accoutumés aux prodigalités des chefs de l’État. Il est plus probable encore que le respect d’Alexandre pour le sénat, ses efforts pour lui rendre l’éclat et la puissance, blessèrent l’esprit militaire, et aliénèrent à l’empereur l’affection des troupes, qui voulaient que leur prince ne dût qu’à eux son trône et sa force.

Alexandre, en mourant, ne laissait pas d’enfants. Il avait eu trois femmes : une première, dont nous ignorons le nom, et dont parle Dion en disant qu’elle fut reléguée en Afrique par l’influence et la jalousie de Mammée, qui ne voulait pas qu’on lui donnât, ainsi qu’on le lui donnait à elle-même, le titre d’Auguste ; la seconde, qui se nommait Memmia et était fille du consulaire Sulpicius ; enfin la troisième, qui portait les noms de Sallustia-Barbia-Orbiana et que nous ne connaissons que par les médailles, les historiens n’en ayant fait aucune mention. Jamais, du reste, la mort violente d’un empereur, cette catastrophe si fréquente dans l’histoire de l’empire, n’avait causé à Rome pareille désolation. Le peuple, le sénat, les provinces furent plongés, dit Lampride, dans la plus profonde douleur. On éleva à Alexandre un cénotaphe en Gaule, un mausolée à Rome ; on décréta son apothéose, honneur bannal, il est vrai, mais qu’on avait du moins refusé à son prédécesseur. Enfin, nouveau dieu, il eut des pontifes qu’on appelait, de son nom. Alexandrins, et on institua une fête pour honorer le jour de sa naissance, fête qu’on célébrait encore sous le règne de Dioctétien.

A. Noël des Vergers.

Lampride, apud Scriptores Historiae Augustae. — Dion Cassius, LXXX. — Hérodien, VI. — Aurelius, Epitome de Caesaribus. — Zonrire, Annales. — Tillemont, Histoire des empereurs, III. — Eckhel, Doctrina nummorum veterum, vii. — Aurelii Alexandri Severi Axiomata politica et ethica, A. Chassanei commentariis illustrata. — J. Greppo, Sur le christianisme de Mammée, de Sévère-Alexandre, et de Philippe.

G. Alexandre de Syrie.

ALEXANDRE, surnommé Zebina ou Zabinas, c’est-à-dire en syrien, esclave racheté (Άλέξανδροζ Ζεβινἆζ), roi séleucide de Syrie, de 128 à 122 avant J.-C. Il était fils d’un fripier d’Alexandrie, nommé Protarque. Aidé de Ptolémée-Physcon, il se fit reconnaître roi de Syrie en qualité de fils adoptif d’Alexandre-Balas. Les peuples, fatigués du gouvernement despotique de Démétrius-

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Nicanor, se soulevèrent en sa faveur sans approfondir ses droits, dont le plus réel fut le gain d’une bataille qu’il remporta près de Damas (126 avant J.-C.) contre son rival, qui se réfugia à Tyr, où il fut assassiné. Cependant Cléopâtre, veuve de Démétrius, resta maîtresse d’une partie de l’empire. Séleucus, son fils aîné, âgé d’environ vingt ans, réussit de son côté à se faire un parti considérable, comme successeur légitime du roi son père. Cléopâtre, sa mère, fut la plus ardente à traverser ses vues, dans la crainte qu’il ne vengeât sur elle la mort de son père, dont il avait lieu de la croire coupable. Le voyant déterminé à défendre ses droits, cette mère dénaturée le poignarda elle-même (124 avant J.-C.) (Tite-Live, Epitom., LX). Pour se maintenir sur le trône, elle fit venir d’Athènes son second fils Antiochus, surnommé Gryphus, à cause de sort nez aquilin, et le fit proclamer roi, sous sa tutelle. Alexandre ne fut pas longtemps tranquille dans la portion de la Syrie qu’il possédait : Ptolémée- Physcon, l’auteur de sa fortune, voulut être son suzerain et lui faire payer un tribut annuel. Sur le refus de Zebina, il fit alliance avec Cléopâtre, donna Triphène, sa fille, en mariage à Gryphus, puis envoya une puissante armée pour chasser du trône de Syrie ce même homme qu’il y avait placé quelques années auparavant. Zebina, défait et abandonné de ses troupes, s’embarqua pour la Grèce ; mais il fut pris par un corsaire, qui le livra au roi d’Egypte ; celui-ci le mit à mort (122 avant J.-C). On a plusieurs médailles d’Alexandre Zebina : la face représente la tête du roi, et le revers Jupiter assis, tenant d’une main une petite figure de la Victoire, de l’autre, une lance.

Josèphe, Judaic.antiq., XIII, 9, 10. — Justin, XXXIX, 2. — Athénée, V, 17. — Frölich, Annales Syriœ. — Eckhel, Doctrina nummorum veterum, III, 237.

ALEXANDRE-BALAS (Αλεξανδροζ Βαλαζ) souverain du royaume grec de Syrie, depuis 150 jusqu’à 146 avant J.-C. Il prit le nom de Balas (de l’araméen bala ou baal, seigneur), lorsque, se faisant passer pour le fils d’Antiochus-Épiphane, il monta sur le trône après la mort de Démétrius-Soter. Ptolémée-Philométor, roi d’Egypte, auquel il devait principalement le succès de son usurpation, continua de maintenir son ouvrage en lui faisant épouser Cléopâtre, sa fille. Il la conduisit lui-même à Ptolémaïde, où les noces furent célébrées avec une grande magnificence. Croyant ainsi avoir fixé sa fortune, il se livra à la débauche, et remit les rênes du gouvernement à son favori Ammonius. Celui-ci ne se servit du pouvoir que pour satisfaire sa cupidité, et mécontenta le peuple. Démétrius, fils aîné de Démétrius Soter, profita de la disposition des esprits pour recouvrer le trône de ses ancêtres. Lasthène de Cnide, en Crète, lui fournit un corps de troupes avec lequel il aborda en Syrie, et gagna en peu de temps un grand nombre de partisans. Ptolémée