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875 ALEXANDRE (Papes) 876


l’archevêque de Mayence, Christian, à la tête des troupes impériales, envahit la campagne de Rome, et obligea plusieurs villes à se soumettre à l’antipape Pascal III ; mais les troupes du roi de Sicile vinrent au secours d’Alexandre, et reprirent la plupart des places de la Romagne. En 1166, Manuel, empereur grec, entama avec le pape une négociation pour amener une réconciliation entre les Églises d’Orient et d’Occident, ainsi que la réunion des deux empires. La plupart des villes d’Italie désiraient cette réunion ; mais Alexandre demandait que le siège de l’empire fût établi à Rome, et Manuel réclamait cet honneur pour Constantinople. Cet article fit échouer toute la négociation. (Cinnam., IV, 6). En 1167, une excursion imprudente des habitants de Rome ramena sur son territoire les troupes impériales, appelées par le comte de Tusculum. Il s’engagea une bataille dans laquelle les Romains perdirent, dit-on, plusieurs milliers d’hommes. Cette défaite est comparée par les chroniqueurs à celle de Cannes. Les vaincus appelèrent à leur secours le roi de Sicile. Sur ces entrefaites, Frédéric, qui était dans le nord de l’Italie, s’avança avec une armée formidable, et vint, avec l’antipape Pascal, camper près du Tatican en juillet 1167. Après quelques combats d’avant-garde, il occupa l’église de Saint- Pierre, et Pascal y couronna Frédéric et l’impératrice Béatrix. L’empereur, pour gagner l’affection des Romains, rendit les prisonniers sans rançon. Alexandre, ne se voyant plus en sûreté à Rome, se réfugia à Gaëte, et de là à Bénévent. Frédéric fit avec les principaux chefs un traité politique, conserva les autorités civiles établies à Rome, et reçut le serment de fidélité.

Le pape l’excommunia, et délia ses sujets du serment de fidélité. A cette époque, toute la Romagne était ravagée par une maladie épidémique : l’archevêque de Cologne, les évêques de Liège, de Spire, de Ratisbonne et de Verdun, le duc de Souabe, cousin de l’empereur, et Acerbo Morena, le célèbre chroniqueur de Lodi, étaient au nombre des victimes, que l’on évalua à plus de deux cent mille. Cette maladie, qui paraît avoir eu quelque analogie avec le choléra, était regardée comme un châtiment céleste infligé à ceux qui ne voulaient pas reconnaître le véritable pape. En même temps les villes de la Lombardie levèrent l’étendard de la révolte ; et la ligue lombarde, favorisée par Alexandre, éleva, du côté de Montferrat, une nouvelle cité qui reçut le nom d’Alexandrie. Frédéric quitta l’Italie, seul et déguisé, en mars 1168. Le pape Alexandre continuait à résider à Bénévent, lorsqu’il reçut la nouvelle de la mort de Pascal (26 septembre 1168). Les partisans de cet antipape élurent à sa place Jean, abbé de Sturm en Hongrie, qui prit le nom de Callixte III. En 1170, Frédéric essaya de se réconcilier avec le pape Alexandre ; mais la négociation, entamée à Veroli, n’eut aucun succès, parce que

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l’envoyé de l’empereur, l’évêque de Bamberg, ne voulait pas reconnaître l’autorité du souverain pontife. Au commencement de 1171, Alexandre fut informé du meurtre de Thomas Becket, et reçut, peu de temps après, les ambassadeurs anglais, chargés de disculper le roi Henri de toute participation à ce meurtre. Le pape envoya deux cardinaux en Angleterre pour examiner l’affaire, qui se termina par l’absolution du roi et la canonisation de Thomas Becket le 21 février 1173.

Cependant Alexandre avait transféré son siège de Tusculum à Anagni, après que les Romains lui eurent refusé l’exercice de tout pouvoir temporel à Rome. La ligue lombarde fomenta de nouveaux troubles, et l’empereur revint en Italie avec une puissante armée (1174). Il prit Turin, Susa, Asti ; mais il assiégea en vain Alexandrie, et l’archevêque de Mayenci ; échoua au siège d’Ancône, secourue par les Vénitiens et les Ferrarais. En 1175, Frédéric conclut avec les villes lombardes une trêve qui fut rompue l’année suivante : l’empereur fut défait à la bataille de Legnano, et parvint avec peine à se sauver à Pavie. Ce fut alors qu’il chercha sérieusement à se réconcilier avec le pape. Après de longues négociations, et après avoir obtenu un sauf-conduit, le pape se décida à se rendre dans le nord de l’Italie. Il s’embarqua sur la côte de la Pouille en mars 1177, et vint d’abord à Venise, puis à Ferrare. La première ville fut, après quelques pourparlers, désignée pour conférer d’une paix générale. Cette paix fut conclue par les commissaires de Frédéric pour six ans avec les villes lombardes, et pour quinze avec Guillaume II, roi de Sicile. En juillet 1177, l’empereur se rendit lui-même à Venise : trouvant le pape revêtu de ses ornements pontificaux, entouré de ses cardinaux et d’un grand nombre d’évêques, à l’entrée de l’église de Saint-Marc, il se mit à genoux et lui baisa la mule. Le pape, versant des larmes de joie, releva l’empereur, lui donna le baiser de paix, et lui offrit le bras pour le conduire dans l’église. Après y avoir reçu la bénédiction solennelle, Frédéric se retira dans le palais du doge. On a raconté que le pape, en le bénissant, lui posa le pied sur le cou, en prononçant ces mots de la Bible : Super aspidem et basilicum ambulabis (Tu marcheras sur l’aspic et le basilic) ; mais c’est un conte, inventé plus d’un siècle après l’événement. La réconciliation se fit le 1er août 1177, de la manière la plus solennelle. Le pape, dans un concile tenu à cette occasion dans l’église de Saint-Marc, excommunia d’avance quiconque romprait le traité de paix. C’est ainsi que se termina le fameux schisme qui avait duré dix-huit ans.La trêve avec la ligue lombarde se changea en une paix définitive à Constance en 1183. Avant de quitter Venise, Alexandre, voulant laisser à la république un témoignage de sa reconnaissance, donna au doge son anneau,