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877 ALEXANDRE {Papes) 878
en lui disant de le jeter dans la mer, qu’il lui donnait pour épouse. Telle est l’origine de la cérémonie qui se renouvelait tous les ans à Venise, quand le doge épousait solennellement la mer.

L’antipape Calixte III, abandonné de l’empereur et de ses partisans, vint, le 29 août suivant, se jeter aux pieds d’Alexandre, qui l’accueillit fort bien et le nomma gouverneur de Bénévent. Cependant quelques schismatiques élurent encore (le 29 septembre 1178) un antipape qui prit le nom d’Innocent III (son nom de famille était Landon, ou Lando Sitino). Alexandre le fit saisir, et l’enferma au monastère de la Cave, où il mourut. En 1179, Alexandre convoqua à Rome le troisième concile général du Latran, auquel assistaient plus de trois cents archevêques ou évéques. On y fit plusieurs décrets importants, relatifs à la discipline du clergé. Il y fut ordonné, entre autres, qu’à chaque cathédrale serait attaché un maître d’école, chargé d’instruire gratuitement les enfants pauvres ; que l’évêque et son chapitre pourvoiraient à l’enseignement de la grammaire et de la théologie. On y excommunia aussi les Albigeois, et on prit quelques nouvelles décisions contre la simonie, alors fort répandue. Burgondio, célèbre juriste de Pise, était le secrétaire de ce concile. En 1180, le pape écrivit aux rois de France et d’Angleterre pour les exhorter à secourir le royaume de Jérusalem contre Saladin. Philippe-Auguste et Henri II acceptèrent la nouvelle croisade. Alexandre essaya même de convertir le sultan d’Iconium, en lui adressant une espèce de catéchisme sous le nom de Instructio fidei. Enfin, après un pénible et glorieux pontificat de vingt et un ans onze mois et vingt-trois jours, à compter du jour de son élection, il mourut à Citta di Castello. Vicesimo ferme ab urbe milliario, in quadam Ecclesiæ romanæ possessione, diem clausit ultimum, dit l'Auctuarium Aquicinctium, qui ajoute que, lorsqu’on apporta son corps à Rome, des séditieux vinrent au-devant, le chargèrent d’imprécations, jetèrent de la boue et des pierres contre son cercueil, et lui permirent à peine d’entrer dans l’église du Latran.

Alexandre avait mis la canonisation des saints au nombre des causes majeures, en la réservant au seul souverain pontife. Depuis le dixième siècle, les papes commençaient déjà à s’attribuer ce privilège, qui avait été partagé par les métropolitains. La canonisation de saint Gautier, abbé de Pontoise, faite par l’archevêque de Rouen l’an 1153, est le dernier exemple que l’histoire fournit des saints qui n’ont pas été canonisés par les papes. Alexandre introduisit le premier l’usage des monitoires. Dans ses bulles, il suivait le calcul florentin, c’est-à-dire qu’il commençait l’année au 25 mars. Il eut pour successeur Luce III.

Alexandre III occupe un rang distingué parmi les papes. Son long pontificat forme une époque importante dans l’histoire de l’Église et de l’Eu-

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rope. Plusieurs de ses Epistolæ se trouvent dans les Concilia de Labbe et dans d’autres recueils. La lettre que le pape écrivit à l’université de Bologne peu de temps après son élection a été publiée par G. Rossi, dans son Histoire de Ravenne. Ses bulles ont été imprimées dans le Bullarium de Cherubini, et dans l'Italia sacra d’Ughelli. Le cardinal d’Aragon a écrit en latin la vie d’Alexandre III.

Onuphre, Platine, Génébrad, Baronius, Muratori, Annali d’Italia. — Sigonius, De regno Italiaæ. — Tirabochi. Storia della letteratura italiana. — Bartoli, Vita di Frederico Barbarossa. — Mazzuchelli, Scrittori d’Italia. — Giovani Francesco Loredano, Vita di Alessandro III ; Venez., 1672. — Joliann. — Daniel Artopacus, Num Alexandro III Fridericum Barbarossum pedibus calcarerit ? Lipz., 1671, in-4°.

ALEXANDRE IV, pape, élu à Naples le 12 décembre 1254 : avant son élection il s’appelait Rinaldo d’Anagni, cardinal-évêque d’Ostie. Il était de la famille des comtes de Segai, et neveu du pape Grégoire IX. Il occupa le saint-siége pendant six ans cinq mois et treize jours, et mourut à Viterbe le 25 mai 1261. A cette époque les papes réclamèrent pour eux l’autorité souveraine sur le royaume des Deux-Siciles, parce que l’empereur Frédéric II était mort excommunié. Conrad, fils de l’empereur, qui voulait prendre possession des États confisqués au profit de l’Église, mourut subitement dans la Pouille, tandis que sa femme et son fils Conradin se trouvaient en Allemagne. Mainfroi, fils naturel de l’empereur Frédéric, se déclara régent de la Pouille et de la Sicile, en l’absence de Conradin. Il envoya contre lui le cardinal Octavien Ubaldin, avec des troupes qui furent défaites. Mainfroi se fit constituer le titre de régent à Bartella, et soumit à son pouvoir le reste de l’Italie inférieure en 1257, et, en août de l’année suivante, il se fit couronner à Palerme. Alexandre voyant son adversaire maître de la Sicile et de la Pouille, l’excommunia, publia contre lui une croisade, et mit tout son royaume en interdit. En même temps il demanda au roi d’Angleterre, Henri III, des sommes considérables pour solder cette croisade, et lui offrit en dédommagement le royaume de Sicile pour Edmond, second fils de Henri III. Un légat en donna l’investiture d’avance à ce jeune prince. Mais la valeur de Mainfroi rendit inutiles tous les efforts qu’on fit pour le déposséder, et il obligea le pontife à se réfugier à Viterbe, assista les Gibelins dans la bataille de Montaperto, et resta tranquille possesseur de son royaume.

Alexandre établit au commencement de son pontificat des inquisiteurs en France, à la prière de saint Louis, en 1257. Ce pape, à l’exemple de son oncle, fut très-favorable à l’ordre des dominicains. Il en rétablit, par une bulle du 22 décembre 1254, les privilèges, qu’Innocent IV avait jugé à propos de restreindre ; il en prit la défense contre l’université de Paris (1) [1], et condamna le

  1. (1) Les dominicains réclamaient pour eux au moins