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put obtenir les bulles d’institution qu’en 1647, après avoir donné des marques suffisantes de soumission aux droits du saint-siége, et promis les corrections nécessaires dans un autre ouvrage qu’il fit imprimer a Barcelone, in-4°, et qui se trouve Dans les éditions in-folio du livre précédent. Dans l’intervalle, la Catalogne était passée sous la domination de la France, et Marca avait été fait en 1644 visiteur général et intendant de cette province. Le 27 mai 1652 il fut investi de l’archevêché de Toulouse. De pieuses et utiles fondations furent dues aux soins du savant prélat, qui pour obtenir les bonnes grâces du pape Innocent X lui déféra neuf propositions, contenant presque tout le système de Febronius, et réfutées par onze règles où la doctrine de la hiérarchie est clairement établie. Ses fonctions lui permirent de présider plusieurs fois les états du Languedoc. Nommé ministre d’État en 1658, il fut choisi avec Hyacinthe Serroni, évêque d’Orange, pour fixer la délimitation des frontières des deux royaumes de France et d’Espagne. Après cette opération, Marca revint à Paris, et le cardinal de Retz ayant enfin donné sa démission du siège métropolitain de la capitale, le roi le lui conféra, par brevet du 26 février 1662. Ce fut vers cette époque que pour se rendre la cour de Rome de plus en plus favorable, et peut-être aussi, disent ses ennemis, dans l’intention de se procurer le chapeau de cardinal, Marca s’unit avec les jésuites contre le livre de Jansenius, dressa le premier le projet d’un formulaire où l’on condamnait les cinq fameuses propositions dans le sens de l’auteur, et prétendit que ces cinq popositions résultaient clairement de la doctrine et du dessein de l’évêque d’Yprès et des preuves que ce prélat employait. Cette fois, ses bulles ne se firent pas attendre : il les obtint dans le consistoire du 5 juin 1662 ; mais le jour même qu’elles arrivèrent à Paris Marca mourut. On inhuma dans le chœur de la cathédrale de Paris. Sa mort donna lieu à cette épitaphe badine :

Ci-git l’illustre de Marca,
Que le plus grand des rois marqua
Pour le prélat de son église ;
Mais la mort, qui le remarqua.
Et qui se plait à la surprise.
Tout aussitôt le démarqua.

Pierre de Marca fut un des plus savants prélats de l’Église gallicane, de l’aveu même de l’abbé de Longuerue, qui, d’ailleurs, le traite assez mal. « De tous nos évêques, dit-il, on ne peut citer en fait de savoir que M. de Marca ; mais il avait acquis sa grande érudition longtemps avant que d’entrer dans l’Église, et il la devait au barreau. » Cet écrivain ne pouvait ni pardonner d’avoir démenti ses principes par sa rétractation ; et si l’on en croit le même auteur, quand M. de Marca disait mal, c’est qu’il était payé pour ne pas bien dire, ou qu’il espérait l’être. Ses principaux ouvrages, écrits d’un style ferme, assez pur, sans affectation et sans embarras, sont : De Concordia Sacerdoti et Imperii, seu de libertatibus Ecclesæe Gallicanæ libri VIII ; la meilleure édition est celle

de Paris, 1704, in-fol., par Baluze, à qui de Marca en mourant avait confié tous ses manuscrits. Cet ouvrage, le plus savant que nous ayons sur cette matière, fut réimprimé à Francfort et à Leipzig en 1708, in-fol., avec des augmentations par Boehmer. Le prélat laissa en manuscrit une suite de cet ouvrage dans laquelle il revient à ses premiers sentiments, plus sincères et plus vrais que ceux de sa rétractation ; — Histoire de Béarn ; Paris, 1640, in-fol. On trouve dans cette histoire, devenue très-rare, des éclaircissements utiles sur l’origine des rois de Navarre, des ducs de Gascogne, des comtes de Toulouse, etc., et l’on y prend une grande idée de l’érudition de l’auteur ; — Marca Hispanica, sive limes Hispanicus, edente Steph. Baluzio ; Paris, 1688, in-fol. C’est une description aussi savante que curieuse de la Catalogne, du Roussillon et des frontières de France et d’Espagne ; — Dissertatio de Primatu Lugdunensi et cæteris primatibus ; 1644, in-8° ; — Relation de ce qui s’est fait depuis 1653 dans les assemblées des évéques au sujet des cinq propositions ; Paris, 1657, in-4°. Cette relation était peu favorable aux jansénistes, qui n’épargnèrent point son auteur. Nicole le réfuta dans son Belga perconfalor, et plusieurs autres écrivains se mirent sous ses drapeaux, mais sans imiter sa modération. En 1669 et en 1681, Baluze mit au jour deux recueils in-8° ; le premier renferme trois dissertations déjà imprimées, et le second plusieurs opuscules sur la venue de Jésus Christ, sur les Mages, sur la primauté de saint Pierre, sur la différence des clercs et des laïques d’après le droit divin, sur le temps du concile de Sirmich contre Photin, évêque de cette ville, sur la lettre synodique d’un concile d’Illyrie, sur les anciennes collections des canons, etc. L’abbé de Faget, cousin germain du savant archevêque, publia, en 1668, in-4°, un recueil contenant quatre traités latins, et trois français ; les traités latins sont sur le sacrement de l’Eucharistie, sur le sacrifice de la Messe, et sur le patriarcat de Constantinople. Ce recueil est précédé d’une Vie en latin de Pierre de Marca ; elle est étendue et curieuse, et il s’éleva à son occasion une dispute fort vive entre Baluze et l’abbé de Faget, dispute qui fit peu d’honneur à l’un et à l’autre de ces écrivains. Ils s’accablèrent d’injures dans des lettres imprimées à la fin d’une nouvelle édition de ce recueil, 1669, in-8°, préférable à la première.

H. Fisquet (de Monptpellier).

Gallia Christiana, I et VII. — De Faget, Vie de Pierre de Marca. — Abbé Bompart, Éloge de Marca ; Paris, 1672, in-8°. — De Longuerue, Dissertations diverses, passim. — Mercure de France. 1644 à 1662. — Fisquet, France Pontificale.

MARCA (Giovanni-Battista délla). Voy. Lombardelli (Giovanni-Battista).

MARCABRUN, troubadour français, né en Gascogne, vess 1140, mort vers la fin du