Page:Hoffmann - Œuvres complètes, tome III.djvu/91

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— des fées ?… ici dans mes états ! » s’écria le prince. Et il tomba renversé sur le dossier de son fauteuil, couvert d’une pâleur mortelle.

« Mon grâcieux maître ! poursuivit Andrès, nous n’avons rien à craindre en engageant la lutte avec prudence contre ces ennemis des lumières. Oui ! je les appelle ennemis des lumières ; car ce sont eux seuls qui, en abusant de la bonté de feu monsieur votre papa, sont cause que le royaume est encore plongé dans l’obscurantisme le plus complet. Le merveilleux est entre leurs mains une arme dangereuse, et ils ne craignent pas de répandre, sous le nom de poésie, un poison magique et subtil qui rend les gens totalement incapables de servir la cause des lumières. En outre, ils ont des habitudes si intolérables et si contraires au bon ordre, que cette seule raison devrait les faire bannir de tout état policé. C’est ainsi, par exemple, que les audacieux ne se gênent pas, dès qu’il leur en prend la fantaisie, d’aller se promener par les airs avec un attelage de colombes, de cygnes, ou même de chevaux ailés. Eh bien, je vous le demande, très-gracieux seigneur ! vaudrait-il la peine de projeter et d’organiser un sage tarif de douanes, en gardant dans le pays des gens à même de jeter, si cela leur vient à l’idée, dans la cheminée de tout citoyen un peu lâche sur les scrupules, des marchandises qui n’auraient pas payé de droits ? — Donc, mon gracieux maître ! dès que la propagation des lumières sera promulguée, que les fées soient chassées ! — On fera cerner leurs palais par la police, on saisira leurs dangereux tré-