Page:Hoffmann - Œuvres complètes, tome III.djvu/90

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être de fâcheux obstacles, si nous n’y ajoutions une mesure qui paraît bien rigoureuse, il est vrai, mais qui est pourtant commandée par la prudence. — Avant que nous progressions à l’aide des lumières, ce qui veut dire : avant de raser les bois, de canaliser les torrents, de planter des pommes de terre en grand, d’améliorer les écoles de village, de border les routes d’acacias et de peupliers, avant de faire chanter aux enfants leurs prières du matin et du soir à deux voix, enfin d’établir des chaussées et de rendre la vaccine obligatoire, il est indispensable de bannir du royaume tous les gens professant des opinions dangereuses, qui ne font nul cas de la saine raison, et séduisent le peuple par toutes sortes de rêveries extravagantes. — Vous avez lu les Mille et une nuits, excellent prince ! car je sais que feu le sérénissime seigneur votre père (à qui le ciel veuille accorder un doux repos dans la tombe) affectionnait ce genre d’ouvrages pernicieux et vous les mettait en main, alors que vous enfourchiez encore des chevaux de bois et que vous vous régaliez de pains d’épice dorés. Eh bien donc ! — ce livre, ou plutôt ce fatras d’impertinences, a dû sans doute vous faire connaître ce que c’est que des fées. Mais, mon gracieux maître ! ce que vous ne soupçonneriez pas assurément, c’est que plusieurs de ces dangereuses créatures se sont établies dans votre propre et cher royaume, jusque dans le voisinage de votre palais sacré, et s’y livrent impunément à mille excès et à mille désordres.

» Quoi ! — que dites-vous ? — Andrès ! Ministre !