Page:Hoffmann - Œuvres complètes, tome III.djvu/99

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mage grave, et je fus en état de continuer ma route en marchant lentement, tandis que le voiturier traînait péniblement à ma suite sa voiture cassée. Nous n’étions plus qu’à une courte distance de la porte de la ville que j’avais aperçue dans le lointain bleuâtre, lorsque je vis venir de mon côté une foule de gens de si étrange apparence, et vêtus d’une manière si bizarre, que je me frottai les yeux, doutant si j’étais bien éveillé, ou si, par hasard, un rêve extravagant et fallacieux venait de me transporter dans un pays imaginaire.

» Ces individus, que je devais naturellement considérer comme les habitants de la ville d’où ils sortaient, avaient de larges et longues culottes taillées à la manière des Japonnais, faites de riches étoffes, telles que du velours, du Manchester, du drap fin, ou même en toile tissée de couleurs variées et richement garnie de jolis rubans et de galons. Avec cela ils portaient de petites juppes d’enfant, descendant à peine au dessous du ventre, la plupart d’un jaune clair et brillant, quelques-unes seulement de couleur noire. Leurs cheveux, mal peignés, pendaient dans un désordre sauvage sur leurs épaules et sur leur dos, et ils avaient la tête surmontée d’un petit bonnet extraordinaire. Plusieurs avaient le cou entièrement nu, à la mode des Turcs et des Grecs modernes ; d’autres l’avaient au contraire entouré d’une petite pièce de toile blanche retombant sur la poitrine, presque semblable à ces collets de chemises que tu as pu voir, mon bon ami Rufin, sur les vieux portraits de nos ancêtres. Quoique tous ces hommes