Page:Homère - Odyssée, traduction Leconte de Lisle, 1893.djvu/389

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Et tu t’éloignas de là, Archer Apollôn, et tu parvins au Kèphissos au beau cours qui, de Lilaiè, roule ses belles eaux. Puis, le traversant, ô Archer, ainsi que la fertile Okhaléè, tu parvins à Amartos pleine d’herbe. Et là, tu vis Delphousè, terre tranquille qui te plut pour y bâtir ton temple et y planter tes bois sacrés. Et tu t’arrêtas près d’elle, et tu lui dis :

— Delphousè, je pense bâtir ici un temple illustre, oracle des hommes qui m’y sacrifieront toujours de parfaites hécatombes. Et ceux qui habitent le gras Péloponnèsos, ou l’Europe, ou les Iles entourées des flots, viendront m’interroger, et je prophétiserai en paroles véridiques, rendant mes oracles dans le temple opulent.

Ayant ainsi parlé, Phoibos Apollôn posa les larges et longues fondations du temple. Mais, voyant cela, Delphousè, irritée dans son cœur, lui dit :

— Royal Archer Phoibos, je mettrai quelques paroles en ton esprit. Puisque tu penses bâtir ici un temple illustre, oracle des hommes qui, toujours, t’y sacrifieront de parfaites hécatombes, je te dirai ceci ; garde-le dans ton esprit : Le trépignement des chevaux rapides te troublera, et celui des mulets abreuvés dans mes fontaines sacrées. Ici chaque homme aimera mieux regarder les chars bien faits et entendre le trépignement des chevaux rapides que regarder le grand temple et les richesses qui y seront. Mais, si tu te laisses persuader, ô Roi, car tu es plus fort et meilleur que moi, et ta force est très grande, bâtis à Krissè, sous la gorge du Parnèsos, là où les beaux chars ne courront point, où le trépignement des chevaux aux pieds rapides ne résonnera point autour de l’autel bien construit. Les races illustres des hommes y amèneront des présents à Io-Paian, et tu recevras, joyeux dans ton esprit, les beaux sacrifices des hommes voisins.

Ayant ainsi parlé, elle persuada son esprit, afin qu’il y