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BAIE-DE-LA-TRINITÉ—ÎLETS-CARIBOU

Quant à moi, je n’ambitionnai pas de prendre part à cette petite marche de quatre lieues, et je me résignai facilement à attendre que le vent devînt favorable pour m’en aller vulgairement en chaloupe, avec les bagages, rejoindre Monseigneur.

Je ne tardai pas à me féliciter d’être demeuré aux Îlets-Caribou. Dans la soirée même, en effet, causant avec les pêcheurs, j’appris que plusieurs d’entre eux avaient vu le « serpent de mer ». Peu s’en était donc fallu que je perdisse l’occasion de me renseigner enfin sur le fameux monstre marin, dont l’existence est toujours un sujet de discussion chez les savants ! Mais, puisqu’on l’a vu, comment peut-on refuser de croire à sa réalité ? Il est vrai que si on l’a rencontré à diverses reprises et en différents points de l’Océan, on ne l’a jamais capturé… Et tant que les gens de science, peu crédules d’ordinaire, n’auront pas l’animal étendu là à leurs pieds, tant qu’ils ne l’auront pas palpé, pesé, mesuré, disséqué, ils diront toujours que le serpent de mer n’est qu’un mythe. Ils ont raison, sans doute, les gens de science ; et leur peu d’empressement à admettre facilement les choses extraordinaires nous est une garantie précieuse de certitude, quand ils affirment la réalité de certains faits étonnants, comme il s’en présente si souvent dans l’histoire des sciences.

Quant aux pêcheurs des Îlets-Caribou, ils ne se laissent pas arrêter par les dénégations des savants. Ils croient au serpent de mer, parce qu’ils l’ont vu de leurs yeux. Il a été visible durant un mois entier, à différents jours ! Beaucoup de canots, qui faisaient alors la chasse au loup marin, ont constaté son apparition ! Ce poisson était bien trop effilé pour être une baleine ; d’ailleurs, on connaît cela, une baleine ! Enfin, il y a assez longtemps qu’on vit sur la mer, et que l’on est familier avec ses habitants : eh bien, cet animal ne ressemblait à rien de ce qu’on avait rencontré auparavant.

On me désigna, comme celui qui avait approché de plus près le monstre marin, l’un des principaux citoyens du lieu, M. P.-Z. Comeau, le frère du fameux trappeur de Godbout, homme très intelligent et d’une certaine instruction. En ma qualité de jour-