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LABRADOR ET ANTICOSTI

Cependant les plus beaux spectacles finissent par lasser. On ne peut pas se plaire indéfiniment à contempler le point de vue le plus superbe qui se puisse rencontrer. Car — puisque c’est Boileau qui l’a dit, il n’y a qu’à le croire — l’ennui naquit un jour de l’uniformité. Aussi, pour faire un peu diversion aux autres choses d’ici-bas, M. l’abbé Lemay s’occupe de botanique, et il s’en occupe sérieusement : j’ai vu son herbier, qui comprend bien un millier d’espèces différentes, et qui est soigneusement fait, fort scientifiquement étiqueté. Quand on est botaniste, on est aussi plus ou moins horticulteur, M. Lemay comme les autres. Mais il est bien facile de faire de l’horticulture, quand on réside sur le sommet d’un rocher dénudé, où ne croissent que des mousses, des lichens et quelques airelles (bluets) ! Oui, c’est facile, quand on a « du talent ». Tout simplement, M. Lemay a été prendre de la terre végétale où il y en avait, et, de-ci, de-là, l’a transportée autour de son presbytère, près de son église, sur les crans, comme on dit ici : radis, choux, oignons, gladiolus, œillets, asters, et maints autres personnages du règne végétal, se font la vie belle là-dedans. À certain endroit de l’enclos enchanté, se trouve un gros bloc de rocher : » : cela prend bien de la place, et fort inutilement ; d’autre part, cela ne se rejette pas du bout du pied. Qu’a-t-on fait ? On a installé autour une charpente légère, et l’on a posé dessus une longue boite en parallélogramme : c’est une couche chaude ! Et voilà ! — Il faudrait être sorcier, à tout le moins, pour deviner, en visitant ces plates-bandes, que tout ceci est un jardin artificiel. En tout cas, la vue de cette merveille d’ingéniosité console un peu les gens qui n’ont pas vu les jardins suspendus de l’antique Babylone.

Lundi, 10 juin. — La retraite a été terminée très solennellement, hier matin, après l’administration du sacrement de confirmation par Mgr Labrecque, qui a prêché trois fois durant la cérémonie. Les pieux exercices de ces jours de récollection ont été suivis avec grande piété, comme dans les autres postes, et