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LABRADOR ET ANTICOSTI

je commets l’indiscrétion de la divulguer sans réserve. Singulier marchand ! Non seulement, il garnit d’excellent tabac, à titre gracieux, votre sac de voyage ; non seulement, il ne fait jamais de faillite ; mais le 20 d’août arrivé, date où prennent fin les engagements de la saison pour les pêcheurs, quand un homme à qui il a fait des avances de provisions n’a pas gagné assez pour acquitter ses dettes, il n’exige plus rien : cet homme, dit-il, a besoin pour son hiver de ce qu’il pourra gagner en pêchant à son compte jusqu’à la fin de l’automne. — Voilà encore une recette que je livre volontiers au public. Ah ! les marchands auront du profit à me lire !

Ce que les pêcheurs prennent ainsi de morue durant l’automne, ils le vendent ici même à aussi bonnes conditions que sur d’autres marchés, et comme ils achètent dans l’endroit même leurs provisions de l’année, ils n’ont pas besoin de faire chaque automne le voyage de Québec, comme les autres « habitants » de la Côte. Disons en passant qu’en ce pays, on appelle « habitants » tous ceux qui y résident, et non pas les cultivateurs seulement, comme dans les autres parties de la Province. Il faut venir au Labrador pour apprendre à parler français.

Il y a ici quelques sauvages à qui M. Touzel avance aussi des provisions et qui acquittent la balance de leur compte en faisant la pêche à la morue, si leur chasse a été insuffisante pour leur permettre de solder leur dette. Je crois que le cas est assez rare pour qu’on le fasse remarquer.

Avec ses occupations d’industriel et de marchand, M. Touzel remplit encore les fonctions de juge de paix, de directeur de la poste et d’agent du télégraphe. Mais il a chez lui, pour satisfaire aux exigences de ces deux dernières charges, un vieux compatriote de Jersey, M. Abr. Lebrun, vieillard respectable et bienveillant, dont l’exactitude et l’esprit d’ordre m’ont paru tenir du prodige.

Sheldrake possède aussi un autre établissement de pêche, celui des Robin, Collas & Co., dont l’agent, M. W.-G. LeCoq, un Jersais encore, s’est montré pour nous d’une courtoisie parfaite.