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LABRADOR ET ANTICOSTI

Il n’y a que deux rets tendus pour le saumon, l’un dans la rivière, l’autre dans la mer. Cela indique assez que ce poisson ne donne pas ici en grande abondance.

Comme je l’ai dit, c’est la maison LeBoutillier qui exploite ici l’industrie de la morue. Elle possède, outre la maison de l’agent, plusieurs grandes constructions à l’usage de ses employés ou pour emmagasiner le poisson. Elle emploie, avec les gens de l’endroit, environ 80 hommes qu’elle fait venir de la baie des Chaleurs, pour le temps de la pêche, du 20 mai au 20 août. C’est de Bonaventure et surtout de Paspébiac que viennent ces hommes. La Compagnie, moyennant un loyer de $20 pour la saison, leur fournit les embarcations, les agrès nécessaires et la bouette, et de plus les loge dans de grandes maisons, dont l’extérieur soigné rappelle les beaux bâtiments qu’elle possède à Paspébiac. Ces maisons, que l’on appelle cookrooms, sont moins finies à l’intérieur, et ne sont pas divisées par des cloisons ; l’étage supérieur sous le toit est un dortoir commun ; le bas de la maison sert à la fois de cuisine, de réfectoire, et de salle commune. Les hommes se fournissent et préparent eux-mêmes leurs aliments, la Compagnie leur donnant seulement le bois nécessaire à la cuisson. Quant à ce qu’ils gagnent en travaillant à leur rude métier, le prix n’en est pas fixe, mais dépend du nombre de drafts que pêche chacune des barges, et peut varier chaque année, suivant les fluctuations du marché. Ces gens de la baie des Chaleurs sont des cultivateurs ou des fils de cultivateurs, qui viennent à la pêche après avoir ensemencé les terres, et qui s’en retourneront à temps pour couper les foins et les céréales. La Compagnie les transporte à ses frais, en goélette. Ceux qui en ont besoin reçoivent, durant l’hiver, des avances de provisions qu’ils paieront avec leur gain de l’été. Quand ils n’ont pas de ces dettes à acquitter, ou si les profits de leur pêche surpassent la somme qu’ils doivent, la Compagnie leur paie ce qui leur revient. Et c’est pour tout ce monde le seul moyen de faire un peu d’argent ; car, dans leurs paroisses, le commerce est absolument nul, à cause du manque de voies de communication.