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MAGPIE — SAINT-JEAN

toutefois que la pointe ouest de la grande île. Plus près, et du côté de l’est, on distingue un peu l’île aux Perroquets, dont le phare tournant projette de tous côtés durant la nuit ses feux intermittents.

La rivière Magpie ou la Pie, qui a donné son nom à l’endroit, est peu considérable ; des rapides rendent son cours impropre à la navigation. Son estuaire, assez large, forme un havre accessible aux barges de pêche. Un pont en fer, construit par le Gouvernement fédéral, traverse cette rivière : c’est un luxe dont beaucoup d’autres cours d’eau sont privés, au grand désavantage des habitants de la Côte. À l’embouchure, on pêche le saumon : un seul rets y est tendu, et le rendement en est assez productif. C’est l’unique endroit de Magpie où l’on fait cette pêche. La rivière elle-même a un cours trop parsemé de rapides pour que la pêche à la ligne y soit beaucoup praticable, et les « officiers » vont cueillir ailleurs des lauriers qui ne sont pas ce qu’il y a au monde de plus glorieux, il est vrai ; mais, en temps de paix, c’est toujours cela ! Sans compter que cette pêche, par surcroît, leur assure de fins dîners, bénéfice que ne procurent pas toujours les triomphes de Mars.

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J’ai eu l’avantage de pouvoir interviewer, sur l’histoire de Magpie, le plus ancien habitant du lieu, un homme qui y résidait depuis 46 ans, M. William Girard, propriétaire de l’endroit de pêche au saumon dont je viens de parler. Quand il aborda ici pour la première fois, en 1849, il n’y avait pas une seule construction. Il y venait seulement, à cette époque, des goélettes pour faire la pêche au saumon ; et, le temps de cette pêche fini, si l’on avait encore quelque provision de sel, on prenait ce qu’il fallait de morue pour l’utiliser.

En 1870, on voyait à Magpie quelques maisons et un établissement de la maison LeBoutillier. C’est à cette époque que les Robin commencèrent aussi à exploiter la pêche de la morue en cet endroit.