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LABRADOR ET ANTICOSTI

demie. En y ajoutant tout ce qui se prépare de poisson à l’établissement Robin, on arriverait à un formidable chiffre de têtes de morue, qui parsemées sur le sol suffiraient à empester tout un continent.

Et, à ce propos, j’ai fait ici une découverte considérable. En voyant tous ces crânes qui pourrissent sur les champs, on se demande pourquoi on ne les enterre pas par un labour quelconque : de cette manière, semble-t-il au blanc-bec qui blâme les gens de la Côte de leur manière peu intelligente de faire les choses, de cette manière la putréfaction serait bien plus rapide, et le sol bénéficierait de tous les produits solides ou gazeux qui en résultent, sans qu’il s’en perdît rien dans l’atmosphère où l’on s’en passerait bien. Eh bien, j’ai découvert — pour l’avoir entendu dire aux gens de l’endroit — qu’on n’enterre pas les têtes de morue, lorsque l’on ensemence les terres, pour le très raisonnable motif qu’en ce temps-là la morue n’est pas arrivée encore, ni sa tête, ni sa queue ; par conséquent, à moins d’avoir mis de ces têtes en conserve, pour en avoir à temps, d’année en année, il faut bien se résigner à attendre l’arrivée de la morue pour tirer bénéfice de son chef. Donc, quelque mauvais que cela sente, il n’y a qu’à se résigner à subir les conséquences de la situation, en attendant que nos pêcheurs aient l’idée d’arroser leurs champs, un certain nombre de fois par jour, avec quelque liquide parfumé à l’héliotrope, au benjoin ou à l’essence de rose.

* * *

La mission de Saint-Jean fut d’abord desservie par les missionnaires de la Pointe-aux-Esquimaux, qui avaient en soin tout le pays jusqu’aux Sept-Isles, c’est-à-dire une étendue de 35 lieues de la côte. Quand on est curé d’une paroisse longue à ce point, on n’a guère le temps d’approfondir les œuvres de saint Thomas d’Aquin, ni de publier un volume de poésies par année. Mais si l’on n’écrit rien ici-bas, on a de fréquentes occasions de remplir de belles pages dans le livre de vie : genre de