Page:Huard - Labrador et Anticosti, 1897.djvu/208

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
192
LABRADOR ET ANTICOSTI

est fort bien conservée, était-elle enfouie en cet endroit ? Personne ne prétendra qu’elle a été transportée là par des enfants en veine de s’amuser, car le poids d’une telle masse osseuse est fort considérable.

Ce M. Vibert, que je viens de nommer, quoique protestant, reçoit toujours chez lui le missionnaire, lorsqu’il vient desservir la Longuepointe. Quant aux offices religieux, ils se sont faits en diverses maisons, tant qu’il n’y a pas eu de chapelle. Et ce n’est qu’en 1888 que l’on en construisit une ; elle fut terminée vers 1892. Elle est longue de 36 pieds, et large de 25. Son apparence artistique n’a rien de particulièrement remarquable, sans doute ; elle est pourtant très convenable. Et les habitants du lieu n’ont plus qu’une chose à désirer : recevoir plus souvent la visite du missionnaire.

Nous devions ce matin mettre à la voile pour l’île d’Anticosti. Mais toute la journée il a fait un calme plat, et force nous a été de rester à la Longuepointe, puisqu’il était impossible d’en partir pour aucun lieu du monde. Comme hier, il a fait aujourd’hui une température très chaude. C’est ici qu’a eu lieu notre première rencontre un peu sérieuse avec les maringouins du Labrador : elle nous a valu de cuisants souvenirs.

Dans le cours de la journée, Monseigneur et M. l’abbé Lagueux ont goûté un peu de la pêche à la morue, à quelque distance du rivage. Ils proclament que ce n’est pas moins intéressant qu’un autre genre de pêche.

Vers le soir, le capitaine de l'Aida nous fait savoir qu’il se propose de profiter de la brise du soir pour traverser à l’« Anticost » ; et à huit heures nous faisons nos adieux à nos amis de la Longuepointe et nous embarquons, pendant que l’on nous salue à coups de fusil de tous les points du village : chacune de ces détonations est précédée d’un éclair qui illumine un moment les ombres du crépuscule, et accompagnée d’un bruit dont l’éclat se décuple au milieu du calme de l’air.