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POINTE-AUX-ESQUIMAUX

gouvernement fédéral établit ce service postal par goélette, entre la Côte et Gaspé, dont j’ai parlé déjà et qui se continue toujours. Quant au Str Otter, il ne fut chargé du transport de la malle qu’un an ou deux après avoir commencé à voyager entre la Côte Nord et Québec. Sauf quelques voyages du milieu de l’été, où il se rend jusqu’à Natashquan, il ne va pas ordinairement plus bas que la Pointe-aux-Esquimaux.

Donc, deux fois par quinzaine, durant l’été, ou reçoit la poste et l’on peut profiter des voies de communication qui s’offrent au voyageur. Les gens qui ne sont pas pressés, ou qui sont désireux de goûter les charmes de l’antique navigation à la voile, choisissent la goélette de Gaspé ; ils font de même, évidemment, ceux que leurs affaires appellent dans la Gaspésie. Quant aux personnes d’un esprit plus positif, surtout si c’est du côté de Québec qu’elles entendent se rendre, elles s’embarquent à bord du Str Otter, qui, lui, ne craint pas le vent contraire… pourvu que le souffle en soit modéré.

Mais, l’hiver, comment voyage-t-on, dans ces endroits reculés ? L’hiver, il n’y a d’autres moyens de locomotion que la raquette ou le cométique. Cela signifie que les gens du pays ne voyagent guère à cette saison, sinon pour aller dans les postes voisins. Et s’il fallait que quelqu’un se rendît absolument durant l’hiver à Québec, c’est-à-dire à une distance de 150 lieues environ, il y aurait certainement lieu de s’apitoyer sur son sort. Ce trajet, toutefois, n’est pas impraticable, puisque les postillons le font bien ; mais il faut ajouter qu’ils se relèvent de distance en distance. Les gens de la Côte qui ont à faire des voyages assez longs, attendent volontiers ces courriers de la malle, pour faire route avec eux ; car l’on a tout avantage à voyager de compagnie à travers ces immenses solitudes, dans la saison des grandes tempêtes de neige et par des chemins qui « n’existent pas ».

Ce fut en janvier 1875 que vint à la Pointe-aux-Esquimaux la première malle d’hiver régulière. Auparavant, on était dans la même position que les Anticostiens : de l’automne au prin-