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LABRADOR ET ANTICOSTI

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Il reste à parler de la petite pêche, qui se pratique à la Pointe-aux-Esquimaux comme aux autres endroits de la Côte. D’abord, pour ce qui est du saumon, il ne s’en prend pas à la Pointe même. Mais la rivière Romaine, qui se jette dans le fleuve à six ou sept milles à l’ouest d’ici, abonde en saumons, paraît-il, et possède même « une espèce particulière de truite blanche et argentée[1] ». Cette rivière est louée, pour la pêche à la ligne, à des « officiers », comme disent nos braves gens de la Côte.

La truite de mer ne se prend pas en cette localité.

Le flétan n’y est pas assez commun pour qu’on le pêche d’une manière sérieuse et pour le commerce.

Quant à la morue, on la prend en dehors des îles, à une distance de la Pointe qui varie entre quatre à huit ou neuf milles. Il y faut pêcher à une profondeur de 25, 30 et même 40 brasses : c’est pourquoi on est obligé d’ajouter à la ligne une cale du poids de quatre livres. Comme chaque ligne se termine par deux hameçons, et comme deux morues ne manquent jamais de venir en même temps s’y accrocher, chacune pesant en moyenne dix ou douze livres, on voit que ce n’est pas la besogne la moins fatigante qu’il y ait au monde, que de tirer de l’eau tout cet appareil, d’une telle profondeur, depuis l’aube jusqu’au crépuscule ; et quand l’on a affaire à des morues de vingt-cinq à trente livres, comme il s’en rencontre, l’exercice devient encore plus pénible. C’est un rude métier que celui du pêcheur : on a dû le penser bien des fois depuis que l’on a commencé à lire ce volume.

Il y a, à la Pointe, une centaine de barges pour la pêche à la morue.

La bouette dont on se sert consiste quelquefois en clams, sorte de mollusques bivalves, qui restent utilisables jusqu’à huit jours après avoir été recueillis. Ces coquilles s’enfoncent dans le sable

  1. Nos rivières et nos lacs. Québec, 1895.