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POINTE-AUX-ESQUIMAUX

du rivage, et, lorsque la mer est basse, on les déterre avec une bêche. Comme, d’une part, il faut beaucoup de clams pour approvisionner une barge, et que, de l’autre, il faut donner bien des coups de bêche pour trouver beaucoup de clams, on aime mieux seiner le capelan ou le lançon, quand il y en a : cela exige moins de travail.

Une seine manœuvrée par six hommes suffit à prendre assez de cette bouette pour une douzaine de barges. L’automne, le lançon se conserve durant deux ou trois jours ; mais en été il faut le prendre tous les jours.

L’un de ces soirs, nous avons assisté à cette prise du lançon, que l’on seine vis-à-vis même le village, tout près de terre. La température était calme et douce ; le soleil couchant empourprait de ses derniers feux et le ciel et les eaux. Toute la population était là, sur le rivage. Car les barges venaient d’arriver de la mer, et l’on était fort occupé à les décharger du poisson pris durant la journée. Déjà des équipes de pêcheurs, entrant résolument dans l’eau glacée, promenaient ici et là des seines retenues par une extrémité dans les canots. Chaque coup de seine ramenait, avec des monceaux d’herbes marines, vertes, rouges ou brunes, une quantité de ces jolis lançons, au corps allongé et svelte, aux flancs argentés. On en remplissait aussitôt les paniers destinés aux barges desservies par chaque seine ; et à voir ces corbeilles où s’agitaient et sautillaient ces petits poissons, à qui les dernières lueurs du soleil donnaient les plus riches reflets, on aurait dit des vases remplis des plus merveilleux trésors de diamants, de saphirs, de turquoises, de rubis, d’émeraudes, de topazes ; puis, à mesure que le soleil disparaissait et que s’éteignaient les belles colorations, il n’y restait plus, semblait-il, que les bouillonnements de l’argent en fusion… Mais nos pêcheurs étaient loin de ces poétiques imaginations ! Tout leur souci était de transvider à pelletées ces pauvres petits poissons, que j’étais probablement le seul à prendre en pitié. Ces braves gens s’occupaient à divers soins sur la plage, les uns en devisant joyeusement, les autres en