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LABRADOR ET ANTICOSTI

tentatif de s’embarquer dans ces conditions pour un voyage de vingt-cinq lieues, avec la perspective de rester à bord durant huit jours. Il a donc été décidé, sans débats beaucoup prolongés, de ne pas entreprendre le voyage sans avoir l’espérance fondée de se rendre à destination en peu de temps.

Aujourd’hui, il vente encore de l’est, et nous ne partons pas plus qu’hier. Monseigneur et ces messieurs prennent un repos bien opportun, après les fatigues du ministère si laborieux auquel ils se sont livrés dans les jours précédents.

Mardi, dans la relevée, M. l’abbé Lagueux a voulu ajouter, à ses exploits antérieurs de sportsman, de nouveaux lauriers. Accompagné d’un guide, il a nolisé un canot, et, bravant la perfidie de l’élément liquide, il est parti pour la pêche au homard. L’endroit qu’habitent ces monstres, plus laids que redoutables, est à quelque distance de la Pointe. L’expédition se passa strictement d’après le programme arrêté d’avance. On se rendit au lieu désigné ; on prit des homards tant que l’on voulut ; et l’on s’en revint. À l’instant, nous étions convoqués à venir contempler, dans la cuisine du presbytère, tous ces trophées de victoire, vulgairement étendus sur le plancher. Horrible déploiement d’animaux singulièrement conformés, agitant en tous sens pattes, antennes, pinces !

Il y a beaucoup de différence entre la pêche de la truite ou de la ouananiche, et celle du homard. Celui-ci est loin d’être exigeant sur la nature de l’appât qu’on lui présente ; il n’engage pas avec son adversaire de ces luttes d’agilité et d’adresse où la victoire est longtemps indécise. Il s’en faut bien ! Vous promenez un bâton parmi les varechs qui recouvrent les cailloux, au fond de l’eau ; et, s’il y a là un homard, il s’attache au bâton par ses serres. Vous retirez le bâton ; l’animal ne le lâche pas : « il tient son bout ! » Par exemple, il n’y tient plus du tout, au sortir de l’eau ; il voudrait rester dans son élément. Aussi le pêcheur doit-il se hâter de le saisir au bon moment. Quand on pêche le homard en grand et pour l’industrie, ou remplace le bâton par d’autres engins qui permettent de prendre à la fois un bon nombre de pièces.