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LABRADOR ET ANTICOSTI

Je vais finir par une étude de mœurs mon enquête géographique, ichtyologique, etc., sur la Pointe-aux-Esquimaux.

Il y a, au presbytère, une petite Montagnaise d’environ quatre ans, et que l’on élève à la canadienne.

Elle n’avait guère plus de deux ans quand elle devint orpheline, à Mingan. Laisser partir cette enfant, à l’automne, pour suivre les sauvages à la chasse, ce n’était guère praticable, et cependant, que faire ? Qui prendrait soin de la petite créature ? — M. le G. Y. Gendron, qui se trouva là, résolut le problème, en annonçant qu’il se chargeait de la faire élever au Couvent de la Pointe-aux-Esquimaux. En attendant qu’elle eût assez vieilli pour y être admise, elle demeurerait au presbytère.

Mais il arriva que le « personnel » féminin de la maison curiale trouva l’enfant « bien fine », et s’y attacha tellement, qu’il ne put se résoudre à s’en séparer, quand elle fut d’âge à être reçue au Couvent. Il n’est pas, du reste, encore urgent qu’elle commence à présent son cours d’études.

Cela m’a fourni l’occasion de la suivre de près, durant ces six jours, et de voir à quel point les manières d’être de cette enfant des bois peuvent différer de celles des petits enfants canadiens.

Eh bien, il n’y a pas de différence ! Sans doute, on reconnaît aisément la petite sauvagesse à sa chevelure d’ébène, à la couleur de son teint, à ses traits fortement accusés. Mais c’est là tout. À part ces indices caractéristiques qui tiennent à la race, la petite Montagnaise a les mêmes façons d’agir que les enfants de nos familles.

Elle ne sait pas un mot de la langue montagnaise, ce qui n’est guère étonnant. Quant au français, elle le parle comme une Canadienne du même âge. On dit que les Montagnais n’arrivent pas à prononcer correctement toutes les consonnes de notre alphabet, surtout les labiales b, v, f, les linguales l et d. Or je n’ai pas constaté que l’enfant éprouve la moindre difficulté à articuler ces consonnes. Cela démontre sans doute