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POINTE-AUX-ESQUIMAUX

que si les sauvages adultes qui parlent notre langue avaient lié connaissance, dès leur bas âge, avec notre alphabet, jamais aucune de nos consonnes n’aurait eu à se plaindre de leur articulation.

Pour ce qui est des jeux et des façons d’agir propres à l’enfance, la petite sauvagesse ressemble absolument aux enfants canadiens. Après avoir assisté à la cérémonie de la confirmation, elle n’a pas manqué, durant des heures, de porter sur la tête un linge blanc quelconque, à l’imitation du voile blanc des nouvelles confirmées. Elle chante parfaitement des cantiques, le Tantum ergo, le Salve regina et autres morceaux de plainchant, ce qui indique chez elle de l’oreille et de la mémoire.

On la menace quelquefois de la renvoyer chez les sauvages ; l’on n’y manque pas surtout quand il se présente au presbytère quelqu’un de ses compatriotes. Il faut voir alors avec quelle énergie elle s’en défend. L’un de ces matins, où l’on venait encore de lui tenir ces propos, elle courut vers Monseigneur, qui était à déjeuner : « Moi veux être une petite fille blanche ! » dit-elle à Sa Grandeur avec insistance.

Il y a, chez M. le G. V. Gendron, qui ne dédaigne pas les études scientifiques, des oiseaux empaillés, des mollusques et autres objets d’histoire naturelle. Quelqu’un d’entre nous s’étant permis de caresser l’un de ces beaux oiseaux de mer, la petite Montagnaise lui cria vivement : « Prends garde ! la bibite ! a va te manger ! » On ne saurait être plus canayen.

Tout cela prouve quelle est l’influence souveraine de l’éducation. Quand même on serait d’origine montagnaise : si l’on est élevé à la canadienne, Canadien l’on sera.