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DE LA POINTE-AUX-ESQUIMAUX À NATASHQUAN

langer, vivant dans les environs de Saint-Thomas de Montmagny. Quand ils furent arrivés à un certain âge, ils émigrèrent à la Côte Nord, je ne sais en quel endroit, et ils y pêchèrent la morue. En même temps, dans leurs filets adroitement tendus, ils prenaient le cœur de jeunes Acadiennes de la Pointe-aux-Esquimaux, contractaient mariage avec elles, et s’en allaient établir la colonie de Passasheboo. C’était vers l’année 1876. Deux ou trois ans plus tard, suivant l’ordinaire vicissitude des choses de ce monde, la colonie fut abandonnée. L’un de ses habitants alla résider à Québec, l’autre à Goynish. Et la solitude reprit, à Passasheboo, son empire un moment interrompu.

Nabésippi est encore l’un de ces endroits qui n’ont pas su garder leurs habitants. Ce fut vers 1855 que les familles Rochette, dont je parlerai bientôt, s’y établirent, après que la Compagnie de la baie d’Hudson eut abandonné le poste de pêche au saumon qu’elle avait dans la petite rivière Nabésippi, qui se jette dans le Saint-Laurent à seize milles en amont de Natashquan. Les « pousses de la vieille souche », comme dit M. P. Vigneau, y formèrent à la fin presque un village, un village sans histoire, c’est-à-dire où l’on vivait paisiblement et heureusement. Mais la prospérité matérielle laissait évidemment beaucoup à désirer puisque, dans ces dernières années, tout le peuple des Nabésippiens s’embarqua pour aller chercher fortune sous un ciel plus favorable. Ce ciel propice, on n’eut que six milles à faire, vers l’orient, pour l’atteindre : on se fixa donc à Goynish, dont la population se trouva tout à coup notablement accrue par cette heureuse immigration. Quant à Nabésippi, on n’y vient plus que pour la pêche au saumon, le gouvernement ayant accordé une licence pour y tendre des rets. La pêche à la ligne n’y serait guère praticable.

Nabésippi est à une vingtaine de lieues de la Pointe-aux-Esquimaux ; et le bonhomme Éole, qui avait fortement soufflé dans les voiles de la Sea Star, toute la journée, nous joua le vilain tour, vers les six heures du soir, de se dégonfler les joues, et de nous laisser là, à contempler de loin les horizons de