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LABRADOR ET ANTICOSTI

« À la chapelle d’Itamamiu que nous venions de faire bâtir (dit la relation déjà citée du P. Babel), nous trouvions environ soixante familles sauvages et quelques familles canadiennes. Au bout de quinze jours, il fallait quitter cette mission pour nous transporter à celle de Mingan. Nos sauvages ne voulaient pas nous quitter si tôt ; et, avant même que nous fussions installés sur notre barge, toutes les cabanes étaient brisées, et toutes les familles étaient déjà montées sur de grandes barges de pêche que l’on se procurait chez les pêcheurs américains, attendant le signal du départ pour nous accompagner jusqu’à Mingan (180 milles au sud-ouest). Toute la flottille, composée d’une vingtaine d’embarcations, saluait la chapelle d’une salve de coups de fusil et s’ébranlait pour voguer, à travers les îles parsemées tout le long du rivage, jusqu’à Mingan. Nous mettions ordinairement huit jours pour faire ce trajet. C’étaient pour nous des jours de repos, qui nous délassaient des fatigues de la mission précédente, et nous préparaient à celles qui nous attendaient à Mingan. Comme il n’y avait sur la terre ferme, entre Itamamiu et Mingan, que trois familles canadiennes à desservir, nous campions ordinairement sur les îles, où le gibier, les œufs, le homard et le loup marin fournissaient une nourriture abondante. Durant le voyage, nous voyions de temps en temps quelques nouvelles barges sauvages, qui attendaient notre passage, se détacher de la côte et se joindre à la flottille. C’est ainsi qu’une fois nous sommes arrivés ensemble vingt-huit barges, dont chacune ordinairement portait trois familles. Lorsque nous n’étions qu’à deux ou trois arpents du mouillage, les fusils préparés d’avance faisaient une décharge générale, à laquelle répondaient, par une fusillade bien nourrie, les nombreux sauvages accourus sur la grève. On aurait dit une flottille de guerre attaquant un poste ennemi.

« Comme nous ne pouvions consacrer plus de quinze jours aux 130 familles réunies là, nous nous mettions immédiatement à l’œuvre. Nous trouvions ordinairement dans ce poste quelques sauvages infidèles, que les chrétiens avaient rencontrés dans les terres. Trop occupés alors pour leur donner beaucoup de temps,