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NATASHQUAN

mer, que sont bâtis les édifices religieux de la Mission, c’est-à-dire l’église et le presbytère. Comme on s’en souvient peut-être, l’abbé Ferland avait précisément désigné cet endroit comme le plus avantageux pour ces constructions. Le plateau est encore tout couvert de bois, comme en 1858, et l’on n’y a pratiqué qu’une éclaircie de quelques arpents en étendue, juste assez pour y faire tenir l’église, la maison curiale et ses dépendances. Tout alentour c’est la forêt, une jolie forêt de petites épinettes. À travers ce bois, sur le prolongement de la colline, un sentier de cinq ou six pieds de largeur conduit du hameau à l’église. Le gracieux cheminet (comme on dit en Poitou) que voilà ! Il est bordé tout le long d’un tapis de mousse émaillé des jolies fleurettes de la Linnée boréale, dédiée au père de la botanique, et dont Emerson a dit, à propos — je l’avoue avec candeur — de je ne sais qui :

"He" saw beneath dim aisles, in odorous beds,
The slight Linnœa hang its twin-born heads ;
And blessed the monument, of the man of flowers,
Which breathes his sweet fame through the northern bowers.

Le bon endroit que ce petit sentier pour se promener solitairement et mélancoliquement, et pour construire à son aise les plus belles stances, si tant de moustiques ne s’y promenaient aussi, et si, à chaque pas, l’on n’enfonçait pas jusqu’au genou dans le sable mouvant : double ennui, bien propre à mettre en désaccord la meilleure lyre du monde.

* * *

En d’autres pays, on redoute les laves d’un volcan, la crue subite d’un fleuve ou les tourbillons d’un cyclone. À Natashquan, c’est le sable qui est le péril, tout comme au cœur du Sahara d’Afrique. Lorsque le vent souffle violemment, il soulève une poudrerie de sable qui rappelle la poudrerie de la neige dans les tempêtes de l’hiver. Le sable pénètre alors dans les habitations par les interstices des portes et des fenêtres. Il s’accumule autour des maisons et y forme des amas du genre