Page:Huard - Labrador et Anticosti, 1897.djvu/424

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
406
LABRADOR ET ANTICOSTI

J’ai donc indiqué déjà quelle est la simplicité du genre de vie de ces braves gens. De là vient qu’ils peuvent vivre à si peu de frais. L’ivrognerie, qui est la source de tant de dépenses pour trop de familles, est quasi inconnue sur la Côte Nord. Et puis les frais d’alimentation sont peu considérables. On n’a pas à débourser beaucoup d’argent pour les filets, les rosbifs, etc., puisque l’on n’a à peu près jamais la facilité d’acheter de ces viandes. Quant au porc, qui fournit ordinairement la pièce de résistance des menus labradoriens, on l’a engraissé soi-même. Pourtant, il paraît que les déchets de poisson, dont il faut se servir pour cet objet, donnent au lard un goût peu agréable, et l’on préfère souvent importer d’autres parties du pays la viande de cochon dont on aura besoin.

On récolte facilement, sur son petit morceau de terre, les pommes de terre, les choux, et presque tous les légumes requis pour l’organisation du pot-au-feu quotidien.

Les barges, les filets de pêche, on fabrique ordinairement tout cela soi-même.

Les vêtements, on les confectionne à la maison ; et souvent on remplit aussi soi-même l’office de cordonnier.

On peut dire que, durant l’hiver surtout, ces pêcheurs sont de tous les métiers. Ils sont ébénistes : eux-mêmes ont fabriqué beaucoup des meubles de la maison. Cette maison, leurs mains l’ont élevée : car ils sont charpentiers à leurs heures. Ils ne sont pas moins menuisiers, et ornementent sans peine l’intérieur des maisons de façon très convenable. Plusieurs de ces ouvrages sont même très bien faits et indiquent, chez quelques-uns de ces pêcheurs, des talents presque artistiques. J’en ai rencontré un dont la demeure, toute faite de ses mains, ressemblait plutôt à une villa, tant elle portait de jolis ornements, à l’intérieur comme à l’extérieur. Cet artiste, ignoré jusque de lui-même, achevait de sculpter la monture d’un fusil ; et l’ouvrage était digne d’une excellente main d’ouvrier.

Sur la Côte Nord, on ne débourse à peu près rien pour les journaux, rien pour les théâtres ou autres frivoles amusements.