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COUP D’ŒIL SUR L’AVENIR

secours plus ou moins important pour aider, avec la pêche et la chasse, à l’alimentation quotidienne, pour suppléer quelquefois aux ressources insuffisantes de l’une et de l’autre.

C’est donc l’industrie qui toujours sera à peu près l’unique ressource des habitants de la Côte. Au premier rang, viendra toujours la pêche comme moyen de subsistance pour cette population. J’ai parlé assez au long de la pêche, dans le cours de ce volume, pour que je n’aie pas à y revenir ici avec étendue.

Je rappellerai, pourtant, que si les pêcheurs du Golfe vivent de la pêche, il n’en est à peu près aucun qui s’y enrichisse. Tout le long de la Côte, l’exploitation des pêcheries est presque exclusivement aux mains de puissantes Compagnies, qui retirent le plus gros des bénéfices. Il n’y a pas, évidemment, à en faire reproche à ces associations commerciales qui ne sont pas plus coupables que les autres sociétés de même genre, dont l’objet est de cultiver les capitaux qu’on leur confie. Dans le commerce et l’industrie, il est rare que l’on travaille principalement pour la gloire de Dieu et le salut des âmes ! Et puis, les Compagnies qui opèrent sur la Côte Nord n’y exercent aucun monopole. Vous, cher lecteur, et moi, et n’importe qui, pourrions parfaitement aller aussi semer par là nos dollars pour y faire plus ou moins ample récolte d’écus, et même pour ne rien récolter du tout.

Il est bien facile d’écrire de très belles phrases sur le pauvre travailleur indignement exploité par le capital. Il faudrait, pour satisfaire ces bons écrivains, que le riche combinât les plus beaux desseins, et les exécutât en risquant d’y perdre tout ce qu’il possède, sans qu’il en retirât aucun profit ! Ils seront toujours rares, les désintéressements de cette sorte. — Cela n’empêche pas, sans doute, que s’il a des droits parfaitement légitimes, le capital a aussi des devoirs à remplir. Les lois de la justice et de la charité lui imposent des obligations auxquelles il ne peut se dérober sans manquer à ce qu’il doit.

Aussi bien, s’il n’y avait pas au Labrador ces puissantes