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LABRADOR ET ANTICOSTI

Compagnies ou ces grands propriétaires pour exploiter les pêcheries, nos braves pêcheurs de là-bas en seraient-ils mieux ? Ils seraient dans une condition encore plus défavorable, puisque beaucoup manquent des ressources nécessaires pour posséder eux-mêmes une barque et des agrès de pêche. Rien ne les empêcherait sans doute de se réunir et de constituer ainsi plusieurs compagnies qui exploiteraient, elles aussi, les diverses industries de la pêche ; non, rien ne les en empêcherait, s’ils avaient des capitaux à mettre en commun. Or, ils n’en ont pas !

Par exemple, si nos chasseurs de phoques pouvaient se syndiquer et faire l’acquisition d’un ou de quelques steamers, ils soutiendraient facilement la concurrence des armateurs de l’étranger, et feraient comme eux de grands bénéfices. Mais ces pauvres gens n’ont toujours que leur bonne volonté et leurs qualités de marin à mettre en commun, et cela n’est pas une monnaie qui a cours dans les banques. Aussi, tout ce qu’ils peuvent faire quelquefois, c’est d’atteindre à la possession d’humides goélettes. Il en résulte que leurs expéditions si dangereuses et si pénibles ne leur procurent que des profits légers ou nuls, tandis que les étrangers amassent des fortunes sous leurs yeux.

Je ne vois pas de raisons pour que cette situation de nos pêcheurs s’améliore d’ici à longtemps. Ils continueront de faire individuellement la petite pêche, ou de louer, pour de maigres salaires, leurs services aux grands établissements de pêche. Et ils vivront au jour le jour, avec plus ou moins d’aisance ; mais ils ne s’enrichiront pas. Heureusement, l’acquisition de la fortune n’est pas une chose essentielle au bonheur d’ici-bas, ni surtout à celui de la vie future ; souvent même elle est un obstacle à la félicité présente et à celle de l’avenir.

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C’est la pêche, la grande pêche de mer, qui restera la principale industrie de la côte du golfe Saint-Laurent, puisqu’il n’y