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LES HABITANTS DE LA CÔTE NORD

Seulement, mon cher lecteur, quelque jeune que vous soyez, je ne vous promets pas que vous aurez jamais vous-même l’avantage d’atteindre l’Atlantique par cette voie ferrée ! Bien des fois le doux printemps succédera au triste hiver, bien des fois… la morue — il faut bien sacrifier un peu à la couleur locale — quittant les sombres profondeurs de l’immense Océan, reviendra en bandes innombrables côtoyer nos rivages du golfe, avant que, dans la gare du Q.-L.-A. (personne n’ignorera alors que cela veut dire Québec-Labrador-Atlantique), au pied de la chute Montmorency, les voyageurs partant pour l’Europe entendent le solennel avis : « En voiture, messieurs ! » — En ce temps-là les chefs de train ne sauront pas un mot d’anglais. Vous voyez si nous avons encore à attendre ! Après tout, si l’on juge que je n’y mets pas assez de mesure, et que j’ai tort de renvoyer à une date si reculée la construction de notre voie ferrée, je ne demande pas mieux que de renoncer à mes calculs désespérants…

* * *

En attendant ce bel avenir industriel et commercial, nos pêcheurs de la Côte continueront à vivre modestement du produit de leur chasse et de leur pêche ; ils vivront et mourront fort chrétiennement, et s’en iront tous au ciel… Par exemple, ils n’auront guère laissé de matière à la plume des historiens. Qui sait, pourtant ?

Personne n’a jamais regardé comme la meilleure préparation à la carrière du marin le fait d’avoir, alors qu’on était enfant, dirigé la navigation de quelque éclat de bois dans une cuve remplie d’eau, ni même celui d’avoir barboté plus ou moins souvent dans quelque ruisseau, au lieu d’aller à l’école. Mais, par contre, chez toutes les nations on a toujours considéré comme une excellente pépinière de marins le peuple des pêcheurs et en général la population qui habite le long des côtes maritimes. On comprend tout de suite que, si les enfants du cultivateur s’initient sans s’en apercevoir à tous les secrets