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LABRADOR ET ANTICOSTI

ils paient volontiers en argent ou en or le surplus qu’ils doivent aux pêcheurs. Comme on l’imagine bien, les marchandises ou les provisions transportées si loin sont d’un prix très élevé. Le sirop de canne, par exemple, s’y vend jusqu’à 50 cents le gallon, — ce qui fait que les gamins qui se livreraient par là au lucratif commerce de la « tire », devraient la vendre plus qu’un sou le « bâton », comme à Québec.

Trois traders d’Halifax et trois traders de Québec exercent le négoce dans le bas Labrador. Les uns et les autres font trois voyages par été. Les goélettes d’Halifax arrêtent à tous les postes depuis Harrington jusqu’à Blanc-Sablon ; celles de Québec commencent à faire escale à Natashquan, pour desservir ensuite les postes situés plus bas.

Eh bien, en outre des services que ce genre de commerce rend à la population du Labrador, ces lignes de goélettes procurent aux gens de la côte des voies de communication assez faciles et peu coûteuses, les passagers n’ayant ordinairement à payer que 40 cents par jour à bord de ces vaisseaux. Le trajet de La Tabatière à Québec se fait généralement en deux ou trois semaines. Une goélette se rendit une fois en huit jours de Blanc-Sablon à Québec ; mais le fait n’a pas dû se renouveler beaucoup. En moyenne, un voyage à Québec dure un mois et demi pour l’aller et le retour.

L’un des traders de Québec mérite ici une mention spéciale. C’est le Capt. Narcisse Blais, de Berthier (Montmagny), dont j’ai promis à deux reprises d’entretenir mon lecteur. Il y a quarante ans que ce marin navigue au Labrador ; ce fut à bord de sa goélette, qui était alors la Marie-Louise, que l’abbé Ferland se rendit dans ce lointain pays en juillet 1858. Mais ce n’est pas surtout la longueur de sa durée qui a rendu si remarquable la carrière de ce navigateur. Quelques extraits d’une lettre d’un ancien missionnaire du Labrador vont suffire pour faire connaître le Capt. Blais. « Qu’on me permette, m’écrivait ce prêtre, un mot d’hommage à cet homme de foi et de cœur, à cet homme de bien dont la marque est si bien faite sur la Côte Nord. Là, sa