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GENS ET CHOSES DU LABRADOR ORIENTAL

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Les intérêts religieux de cette population du Labrador inférieur exigeraient certainement qu’il y eût partout des écoles sur la côte. Car, on ne sera pas surpris de l’apprendre, l’instruction religieuse y est réduite au strict nécessaire. Ces pêcheurs qui n’ont la visite du missionnaire que deux ou trois fois l’année, ne sont pas en mesure d’acquérir une connaissance bien approfondie de la partie dogmatique de la religion. Malgré tout, ils sont généralement de mœurs irréprochables ; l’ivrognerie, le blasphème, le vol ne sont guère connus chez eux. On remarque que ces braves gens ont une dévotion particulière pour la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; on les voit venir de quinze et de vingt lieues pour assister aux offices de la Semaine sainte. On m’a cité deux pêcheurs de l’anse à Diable qui — malgré l’infernale dénomination de leur séjour — faisaient quatre fois par année une marche de trente lieues pour aller se confesser et communier. Il y a en d’autres pays des paroissiens, résidant à quelques milles et même à quelques arpents de leur église, et dont de semblables exemples ne feront pas l’affaire au tribunal du souverain Juge !

Sur la question de la desserte religieuse, comme pour celle des écoles, la condition des protestants est aussi bien plus avantageuse que celle des catholiques. En effet, les missionnaires protestants reçoivent un traitement qui les met en mesure de se procurer des embarcations commodes et sûres, et de s’assurer les services d’un marin expérimenté qui les conduit où ils veulent aller ; on voit même leurs coreligionnaires leur fournir des embarcations à vapeur pour l’exercice de leur ministère. Le missionnaire catholique, lui, est tout à fait dépourvu de ressources suffisantes ; tout son revenu consiste en une capitation généralement mal payée, jointe aux quelques secours que lui donne l’Œuvre de la Propagation de la Foi, dont les moyens sont loin de suffire à ce qu’il faudrait.