Page:Huard - Labrador et Anticosti, 1897.djvu/7

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AVANT-PROPOS


Il y eut un temps, qui n’est pas encore bien éloigné, où un Canadien ne pouvait sortir de son village pour voir un peu de pays, sans être saisi d’étonnement à l’aspect des choses admirables qu’il rencontrait à chaque pas, tellement que, dès son retour, son premier soin était d’en communiquer la nouvelle à ses compatriotes. À ces expansifs promeneurs, notre littérature nationale est redevable de toute une bibliothèque de récits de voyage, dont plus d’un lui fait honneur.

Je confesse sans détour que j’ai commis le même crime, si c’en est un, que les voyageurs à qui je viens de faire allusion. Et j’ai pensé, moi aussi, que j’avais l’impérieux devoir de raconter à notre public tout ce que j’ai vu d’étonnant dans un voyage qu’il m’a été donné de faire.

Ce n’est pas que j’aie été jusqu’aux extrémités de l’univers. Je n’ai pas visité les Indes, le meilleur endroit du monde pour lier connaissance avec tigres et panthères ; ni l’Australie, que les lapins, comme on sait, achèvent de dévorer ; ni même l’Europe, où l’on n’avoue pas sans confusion, aujourd’hui, qu’on n’a jamais voyagé. Je ne suis pas sorti des limites de la province de Québec ! C’est tout simplement la côte nord du bas Saint-Laurent que j’ai parcourue ; et ce que j’y ai vu m’a semblé si nouveau, qu’il m’a paru