Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/171

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appeler ce canon le Victor Hugo. Je leur ai dit de l’appeler Strasbourg. De cette façon les prussiens recevront encore des boulets de Strasbourg.

Nous avons causé et ri avec ces officiers du 17e bataillon. Les deux génies cynocéphales de la coupe avaient pour fonctions de mener les âmes aux enfers. J’ai dit : Eh bien, je leur confie Guillaume et Bismarck.

Visite de M. Édouard Thierry. Il vient me demander Stella pour une lecture pour les blessés au Théâtre-Français. Je lui propose tous les Châtiments au choix. Cela l’effare. Et puis je demande que la lecture soit pour un canon.

Visite de M. Charles Floquet[1]. Il a une fonction à l’Hôtel de Ville. Je lui donne la mission de dire au gouvernement d’appeler le Mont-Valérien le Mont-Strasbourg.


24 octobre. — Visite du général Le Flô[2]. Diverses dépurations reçues.


25 octobre. — Lecture publique des Châtiments pour avoir un canon qui s’appellera le Châtiment. Nous la préparons.

Le brave Rostan, que j’ai rudoyé un jour et qui m’aime parce que j’avais raison, vient d’être arrêté pour indiscipline dans la garde nationale. Il a un petit garçon de six ans, sans mère, et qui n’a que lui. Que faire ? le père étant en prison, je lui ai dit de m’envoyer son petit au pavillon de Rohan. Il me l’a envoyé aujourd’hui.


27 octobre. — À six heures et demie, Rostan, mis en liberté, est venu chercher chez moi son petit Henri. Grande joie du père et du fils.


28 octobre. — Edgar Quinet est venu me voir.

J’ai eu à dîner Schœlcher et le commandant Farcy, qui a donné son nom à sa canonnière. Après le dîner, nous sommes allés, Schœlcher et moi, à huit heures et demie, chez Schœlcher, 16, rue de la Chaise. Nous avons trouvé là Edgar Quinet, Ledru-RoUin, Mathé, Gambon, Lamarque, Brives. Je me rencontrais pour la première fois avec Ledru-Rollin. Nous avons lutté de parole fort courtoisement sur la question d’un club à fonder, lui

  1. Avocat, rédacteur du Temps et du Siècle, fut mêlé aux principaux procès politiques sous l’empire, soit comme défenseur des journaux poursuivis, soit comme inculpé dans le procès des Treize. En 1870, il fut un des adjoints au maire de Paris, devint membre de l’Assemblée nationale en 1871, président du Conseil municipal en 1874, puis président de la Chambre des députés en 1885, et président du Conseil des ministres en 1888. (Note de l’éditeur.)
  2. Représentant du peuple en 1848 et 1849 ; questeur de l’Assemblée ; exilé après le coup d’État du 2 décembre 1851 ; ministre de la Guerre sous le Gouvernement de la Défense nationale ; devint ministre du Gouvernement de M. Thiers, puis ambassadeur de Russie. (Note de l’éditeur.)