Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/186

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1er janvier 1871. — Louis Blanc m’adresse dans les journaux une lettre sur la situation.

Stupeur et ébahissement de Petit Georges et de Petite Jeanne devant la hotte de joujoux de leurs étrennes. La hotte déballée, une grande table en a été couverte. Ils touchaient à tous et ne savaient lequel prendre. Georges était presque furieux de bonheur. Charles a dit : C’est le désespoir de la joie !

J’ai faim. J’ai froid. Tant mieux. Je souffre ce que souffre le peuple.

Décidément, je digère mal le cheval. J’en mange pourtant. Il me donne des tranchées. Je m’en suis vengé, au dessert, par ce distique :


Mon dîner m’inquiète et même me harcèle,
J’ai mangé du cheval et je songe à la selle.


Les prussiens bombardent Saint-Denis.


2 janvier. — Daumier et Louis Blanc ont déjeuné avec nous.

Louis Koch a donné à sa tante pour ses étrennes deux choux et deux perdrix vivantes.

Ce matin nous avons déjeuné avec de la soupe au vin.

On a abattu l’éléphant du Jardin des Plantes. Il a pleuré. On va le manger.

Les prussiens continuent de nous envoyer six mille bombes par jour.


3 janvier. — Le chauffage de deux pièces au pavillon de Rohan coûte aujourd’hui 10 francs par jour.

Le club montagnard demande de nouveau que Louis Blanc et moi soyons adjoints au gouvernement pour le diriger. Je refuse.

Il y a en ce moment douze membres de l’Académie française à Paris, dont Ségur, Mignet, Dufaure, d’Haussonville, Legouvé, Cuvillier-Fleury, Barbier, Vitet.

Lune. Froid vif. Les prussiens ont bombardé Saint-Denis toute la nuit.

De mardi à dimanche, les prussiens nous ont envoyé vingt-cinq mille projectiles. Il a fallu pour les transporter deux cent vingt wagons. Chaque coup coûte 60 francs ; total : 1 500 000 francs. Il y a eu une dizaine de tués. Chacun de nos morts coûte aux prussiens 150 000 francs.


5 janvier. — Le bombardement s’accentue de plus en plus. On bombarde Issy et Vanves.

Le charbon manque. On ne peut plus blanchir le linge, ne pouvant le sécher. Ma blanchisseuse m’a fait dire ceci par Mariette : — Si M. Victor