Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/200

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quinze dépêches télégraphiques par jour, n’en avait pas reçu aujourd’hui une seule à six heures du soir. Six dépêches adressées à Jules Favre sont restées sans réponse. Nous décidons que Louis Blanc ou moi interpellerons le gouvernement demain sur la situation de Paris, si l’anxiété continue et si la situation n’est pas éclaircie. Nous nous verrons avant l’ouverture de la séance.

Une députation de lorrains et d’alsaciens est venue nous remercier.


6 mars. — À midi nous avons tous déjeuné en famille chez Charles. J’ai mené ces deux dames à l’Assemblée. Question du transfèrement de l’Assemblée à Versailles ou à Fontainebleau. Ils ont peur de Paris. J’ai parlé dans le 11e bureau. J’ai failli être nommé commissaire. J’ai eu dix-huit voix, mais un M. Lucien Brun en a eu dix-neuf.

Réunion rue Lafaurie. J’ai fait la proposition de nous refuser demain tous à discuter Paris, et de rédiger un manifeste en commun signé de tous, et déclarant que nous donnions nos démissions si l’Assemblée allait ailleurs qu’à Paris. La réunion n’a pas adopté mon avis et m’a engagé à discuter. J’ai refusé. Louis Blanc parlera.


8 mars. — J’ai donné ma démission de représentant.

Il s’agissait de Garibaldi. Il avait été nommé en Algérie. On a proposé d’annuler l’élection. J’ai demandé la parole. J’ai parlé. Tumulte et rage de la droite. Ils ont crié : À l’ordre ! C’est curieux à lire au Moniteur. Devant cette furie, j’ai fait un geste de la main, et j’ai dit :

— Il y a trois semaines, vous avez refusé d’entendre Garibaldi. Aujourd’hui vous refusez de m’entendre. Cela me suffit. Je donne ma démission.

Je suis allé pour la dernière fois à la réunion de la gauche.


9 mars. — Ce matin, trois membres de la réunion gauche modérée, qui siège salle de l’Académie, sont venus députés par la réunion, qui me prie, à l’unanimité de deux cent vingt membres, de retirer ma démission. M. Paul Bethmont portait la parole. J’ai remercié et refusé.

Puis est venue une autre insistance, d’une autre réunion, dans le même but. La réunion du centre gauche, dont font partie MM. d’Haussonville et de Rémusat, me prie, à l’unanimité, de retirer ma démission. M. Target portait la parole. J’ai remercié et refusé.

Louis Blanc est monté à la tribune et m’y a fait ses adieux avec grandeur et noblesse.


10 mars. — Louis Blanc a parlé hier et aujourd’hui. Hier, de ma démission. Aujourd’hui de la question de Paris. Noblement et grandement.