Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/232

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13 novembre. — Très beau mot que m’a répété Mme Larrieu. Un soldat, pendant le siège de Paris, a écrit à sa mère : Vous ne me reverrez pas simple soldat. Je veux me couvrir de terre ou de gloire.


21 novembre. — On a posé dans le salon de mon fils le buste de marbre blanc couronné de lauriers que David d’Angers a fait de moi, et m’a donné. Le buste en bronze lui avait été commandé par la ville de Besançon et est à Besançon. Victor a fait placer le buste de marbre sur un grand socle revêtu de velours rouge.


30 novembre. — Le docteur Sée a déclaré que dans un mois Victor marcherait, et que dans trois mois il serait radicalement et absolument guéri. Joie.


10 décembre. — Minuit. Bazaine vient d’être condamné à mort. À l’unanimité.


11 décembre. — Camille Pelletan nous a dit que Bazaine, en rentrant dans sa chambre-prison, après la lecture de son jugement, avait eu un accès de fureur, et avait tout cassé autour de lui.


13 décembre. — La peine de Bazaine est commuée en vingt ans de détention.

Je ne voulais point la mort, mais la dégradation publique était nécessaire à la conscience universelle.

J’ai invité Schœlcher à dîner. Il est venu m’annoncer qu’il avait déposé aujourd’hui même à la tribune une demande d’abolition de la peine de mort. Je l’ai félicité.


20 décembre. — Victor a eu une somnolence de deux jours causée par le chloral. Il a une fièvre qui me préoccupe.


23 décembre. — Minuit. Victor s’affaiblit beaucoup. Inquiétude profonde.


26 décembre. — Ce matin vendredi, à midi, mon fils, mon bien-aimé Victor, nous a quittés. Il est mort.


27 décembre. — C’était hier. Il était midi. J’étais rue Pigalle. Je travaillais. On m’a apporté un mot de Gouzien[1]. Une voiture était en bas. Je m’y suis

  1. La petite lettre d’Armand Gouzien est collée en regard de la page du carnet, c’est un petit mot écrit au crayon, à la hâte :

    Cher et bien-aimé maître, nous attendons M. Sée qui doit venir d’un instant à l’autre. Victor est beaucoup plus mal depuis ce matin.
    Votre très respectueux

    Armand Gouzien.
    (Note de l’éditeur.)