Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/269

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« En vain les reptiles veulent te mordre dans ton pays natal, ils ne trouveront point ton talon, les Thersites — et tout honnête homme dans le monde trouvera toujours dans le colosse de l’Année terrible l’Achille de la raison et de la justice.

« Il tempo con sue fredd’ali vi spazza fine la ruine ! (Foscoli.)

« E tu, mio carrissimo Ugo sai bene ; cosa sia la trasformazione della matéria — Oggi, il tuo valoroso ed amato François doma noi, mio caro vecchio. — Non voglio con cio attenuare la grandissima tua perdita.

« Per la vita tuo[1],

« G. Garibaldi. »

« Je vous envoyé un bouton de fleur cueilli sur le tombeau de mes deux filles.

« Rose. »


Page 235. — Je suis allé à l’Institut… Élus : Henri Martin, Ernest Renan.


L’année suivante, avant sa réception, Renan écrivait à Victor Hugo :


« Paris, lundi 21 mars 1879.
« Cher et illustre maître,

« Vous avoir pour parrain[2] dans cette solennité littéraire, être assis à côté de vous et vous saluer notre maître à tous, était un honneur pour toute ma vie, et je n’y puis renoncer qu’à la dernière extrémité. Et d’un autre côté, cependant, si jeudi votre voix devait se faire entendre au Sénat, si votre suffrage était nécessaire, comment tout ne s’effacerait-il pas devant cet intérêt majeur ? Soyez juge, grand et vénéré confrère. Après la séance de mardi, vous pourrez peut-être voir la durée des débats ; après la séance de mercredi, vous le verrez certainement. Aussitôt que vous serez fixé, écrivez-moi : je suis libre, et grande sera ma joie, ou bien : je me dois au Sénat, et alors je me résignerai, ou plutôt en murmurant un peu je demanderai à un autre confrère de m’introduire. Cette seconde supposition est si pénible que je ne veux pas m’y arrêter. Il nous serait si doux ce jour-là de vous voir parmi nous et de vous fêter !

« Agréez, cher et illustre maître, l’expression de ma vive et haute admiration.

« E. Renan. »


Page 238. — Je suis allé à l’Académie pour Deschanel.


Nous avons retrouvé sur une feuille volante ce portrait d’Émile Deschanel, tracé par Victor Hugo sans doute à l’époque où il votait pour lui, en 1881 :


Émile Deschanel était de l’Université ; il fut destitué par un arrêté signé Parieu, et (pour les initiés) contre-signé Cousin. Motifs de cette destitution : fierté et talent. Deschanel fit son devoir au 2 décembre. On l’arrêta, puis on l’exila. Ensuite, à Bruxelles, comment faire pour vivre ? Deschanel, de professeur, est devenu orateur. Il a ouvert un nouvel horizon à l’enseignement ; il a créé, avec un très grand succès de parole, les conférences, mode de propagande des idées justes et vraies adopté aujourd’hui partout, et dont l’honneur revient à Deschanel. Il est de cette forte race d’esprits qui répliquent à la persécution par la persistance et aux ténèbres par la lumière.

  1. Voici la traduction des cinq dernières lignes :

    Le temps avec ses froides ailes balaie la fin des ruines ! Foscoli.)

    Et toi, mon bien cher Hugo, tu sais bien ce qu’est la transformation de la matière. Aujourd’hui, ton valeureux et aimé François nous domine, mon cher vieux. Je ne veux pas avec cela atténuer l’immensité de ta perte.

    Pour la vie à toi.

  2. Victor Hugo et Jules Simon furent les parrains d’Ernest Renan lors de sa réception à l’Académie française. (Note de l’éditeur.)