Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/324

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II

LE PASSÉ.


I


Il y a des points du globe, des bassins de vallées, des versants de collines, des confluents de fleuves qui ont une fonction. Ils se combinent pour créer un peuple. Dans telle solitude, il existe une attraction. Le premier pionnier venu s’y arrête. Une cabane suffit quelquefois pour déposer la larve d’une ville.

Le penseur constate des endroits de ponte mystérieuse. De cet œuf sortira une barbarie, de cet autre une humanité. Ici Carthage, là Jérusalem. Il y a les villes-monstres de même qu’il y a les villes-prodiges.

Carthage naît de la mer, Jérusalem de la montagne. Quelquefois le paysage est grand, quelquefois il est nul. Ce n’est pas une raison d’avortement.

Voyez cette campagne. Comment la qualifierez-vous ? Quelconque. Çà et là des broussailles. Faites attention. La chrysalide d’une ville est dans ces broussailles.

Cette cité en germe, le climat la couve. La plaine est mère, la rivière est nourrice. Cela est viable, cela pousse, cela grandit. À une certaine heure, c’est Paris.

Le genre humain vient là se concentrer. Le tourbillon des siècles s’y creuse. L’histoire s’y dépose sur l’histoire. Le passé s’y approfondit, lugubre.

C’est là Paris, et l’on médite. Comment s’est formé ce chef-lieu suprême ?

Cette ville a un inconvénient. À qui la possède elle donne le monde.

Si c’est par un crime qu’on l’a, elle donne le monde à un crime.


II


Paris est une sorte de puits perdu.

Son histoire, microcosme de l’histoire générale, épouvante par moments la réflexion.

Cette histoire est, plus qu’aucune autre, spécimen et échantillon. Le fait local y a un sens universel. Cette histoire est, pas à pas, l’accentuation du pro-