Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/33

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un peuple. Elle est lasse qu’on s’agenouille chez elle, elle veut qu’on s’agenouille devant elle. Rome a raison. Qui sera fière si ce n’est Rome ? Qui sera libre si ce n’est Rome ? Plaudite, cives.




X


Dans la nuit du 25 février, sur des indications précises, la police a fait une descente à Neuilly. On a saisi là une trentaine d’individus occupés à faire de la poudre et des balles. C’était une vraie fabrique. Une centaine ont échappé et se sont sauvés par les fenêtres à l’arrivée des agents. Les autres, pris en flagrant délit, ont été conduits à la préfecture.

Ces hommes travaillaient dans une espèce de cave au fond de laquelle ils avaient construit une étrange chapelle ; c’était une potence peinte en rouge entourée de drapeaux rouges groupés avec des bonnets rouges. B. me l’a conté le lendemain en me disant : — La république ancienne avait sainte Guillotinette. Est-ce que la république future aura sainte Potence ?




XI


28 février 1849.

Toujours de petits symptômes révolutionnaires qui se produisent à travers le calme. Il est vrai que le calme dure depuis trois semaines, c’est énorme. Aujourd’hui deux hommes coiffés du bonnet rouge ont fait le tour du palais de l’Assemblée qui était en séance. La garde nationale a voulu les arrêter. — Laissez les aller, — a dit le commissaire de police Yon. Ils ont traversé le pont et sont entrés aux Champs-Élysées. Là ils se sont heurtés à des joueurs de boule. Ceux-ci jouent, mais ne plaisantent pas. Ils ont rossé les hommes. Tout le quartier est en émoi. Des patrouilles d’un demi-bataillon parcourent les Champs-Élysées.

Aussi quelle sottise ! Pourquoi ne pas laisser passer tranquillement ces deux hommes ? Quand s’occupera-t-on des idées qui sont dans les têtes et non des bonnets qui sont dessus ?