Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/370

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II

De nos jours, n’importe qui méprise Paris. C’est un certificat d’austérité qu’on se donne à soi-même. Rien de mieux. Tout ce que la France a d’hommes scrupuleux éclate et se scandalise avec unanimité.

Un défunt magistrat qui était, à ce qu’il paraît, de l’Académie…[1]

Il y a de la mode dans la déclamation, et beaucoup de discours, sermons, prêches, harangues, etc., sont faits sur patron comme la robe et le chapeau de la saison. On exhibe les chapeaux rue Vivienne et les sermons à Notre-Dame. Paris a bon dos. Traitez-le comme bon vous semble ; il ne se fâche pas. Il se laisse condamner, calomnier, outrager et vilipender sans déranger son sourire. Qu’est-ce que ça lui fait ? Comme ce cocher de fiacre blâmé par arrêt du Parlement, il répond : cela m’empêchera-t-il de mener l’univers ? Paris n’est sensible qu’à l’art et au talent. Dire des gros mots n’est pas un art. L’injure est un puits banal. Il n’y a aucun talent à prendre à terre une poignée d’immondices et à dire : Voilà Paris.

L’injure et l’invective, c’est deux ; l’invective peut être grande ; elle est souvent acte de poëte et cri de conscience ; Palissot injurie, Juvénal invective. Donc injuriez le géant. Soit.

Faites, si vous pouvez, que le premier article de n’importe quel journal de n’importe quel pays ne soit pas sur Paris. Que dit Paris ? que fait Paris ? que pense Paris ? telle est la question que s’adresse tous les matins en s’éveillant le genre humain.

Paris n’est point parfait. Sans doute. Faste, tapage, extravagance, d’accord. Vous parlez de décadence. Voyons donc vos « grands siècles ». Du cynisme ? moins qu’au siècle de Périclès. Des bassesses ? moins qu’au siècle d’Auguste. Des vices ? moins qu’au siècle de Léon X. Des crimes ? moins qu’au siècle de Louis XIV. Quant à ses modes, à ses rubans, à ses coiffures, faites-lui en des forfaits tant que vous voudrez.

Nous autres, nous voyons les forfaits ailleurs.




Trois divisions, replacées dans le manuscrit publié, manquent et la page suivante porte le chiffre


V

Les vieux partis, le parti-roi, le parti-prêtre (il faut bien se servir de ces mots-là puisque ces choses-là persistent) abhorrent Paris.

Le passé est loquace. Il ne se résigne point à se taire. Sa prétention la plus singulière est d’avoir de l’esprit. Il rit beaucoup, et de tout, surtout de ce qui le tue. Les régimes caducs, qui ne consentent point à être des régimes défunts, ont une manière

  1. Suit le passage publié page 331, Fonction de Paris. (Note de l’éditeur.)