Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/386

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résultat du travail fait ici. Il est très détaillé et coïncidera évidemment avec le vôtre. Vous restez me devoir 2 450 francs.

Je pense que votre petite gêne momentanée est passée. Pourtant avant de tirer sur vous les 2 450 francs fin juin, comme c’est convenu, je désire savoir si cela ne vous cause aucun embarras ; dans ce cas-là, je renverrais le paiement à fin juillet.

Si fin juin vous est indifférent, ne me répondez pas. Cette lettre vous arrivera après-demain 20 juin jeudi, j’attendrai jusqu’au lundi 24, et si le lundi, je n’ai pas de lettre de vous, j’enverrai la traite pour fin juin.

Si vous préférez fin juillet, ce que je vous offre de tout mon cœur, écrivez-moi courrier par courrier. J’aurai votre réponse samedi.

Pour plus de sûreté, j’attendrai avant de faire la traite fin juin jusqu’au mardi 25.

Je suis heureux de toutes les occasions de vous témoigner ma cordialité et je vous envoie mes plus affectueux compliments.

Victor H.


Nous publions ici une lettre fort intéressante de Paul Meurice, quoiqu’elle soit postérieure à la date d’apparition du Paris-Guide. Elle devrait chronologiquement être placée plus loin mais elle complète l’Historique et jette une vive lumière sur le petit coup d’état de Lacroix, ou sur la « conspiration » suivant l’expression de François-Victor.

Paul Meurice qui avait eu le mérite de l’idée et du plan du livre, qui avait même groupé les collaborateurs, essuyait encore les remontrances de Lacroix, irrité d’une retraite dont il était l’auteur ; et cependant, s’affranchissant de toute préoccupation personnelle, il n’hésitait pas, autant par affection pour Victor Hugo que par intérêt pour une œuvre dont il était le promoteur, à rendre encore dans la coulisse les services qu’on demandait à son autorité et à son expérience. Ce sont là des faits, et si Lacroix se plaint des fautes commises, s’il regrette amèrement que l’idée première ait dévié, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même, puisqu’il ne laissait pas à celui qui l’avait conçue le soin de l’exécuter. La lettre de Paul Meurice est sur ce point irréfutable et décisive :


24 mai 67.

Moi non plus, mon cher Lacroix, je ne veux pas récriminer. Mais, voyons, à mon tour, j’invoque la lettre qui me sert de titre : vous y écartez déjà vous-même une bonne part de ce concours que vous me reprochez de n’avoir pas donné. Lors du séjour de Vacquerie à Bruxelles, voici ce qui avait été convenu : vous deviez être le directeur et le rédacteur en chef du livre, Ulbach vous suppléant à Paris pour les démarches à suivre, et je vous avais écrit : Voulez-vous que je m’occupe plus spécialement de la Science, Burty prendrait plus spécialement l’Art, et Ulbach la Vie. Vous me répondez : — Afin de garder à l’œuvre l’unité, je délègue à Ulbach tout pouvoir sur le tout ; donnez-lui votre plan, vos idées, votre liste. — Je l’ai fait. J’ai mis entre les mains d’Ulbach le résultat de deux mois de réflexion et de travail, août et septembre. J’ai offert mon aide pour le reste. Ulbach a tenu à continuer seul l’œuvre commencée et m’a prié de me charger uniquement de Girardin et de Saint-Victor avec lesquels il était brouillé. Que devais-je faire ? Je pouvais me proposer, non m’imposer. Mon concours était tout à votre disposition ; vous n’en usiez que dans une limite restreinte. Est-ce ma faute ? Ulbach ne m’a demandé aucun article, il a distribué les sujets qui rentraient dans ma spécialité ; il a pris pour lui-même les Théâtres quand Vacquerie les a refusés ; il me les a offerts ensuite ; mais alors j’étais absolument pris par l’achèvement de ma pièce. Je ne me suis plaint et je ne me plains de rien, mais, franchement, vous n’avez pas le droit de vous plaindre non plus d’une abstention que me commandait le sentiment de la plus vulgaire réserve. Cependant, Lequeux vous dira que, même après cette élimination, je n’ai jamais refusé mon aide, directe ou indirecte, dès qu’on a eu recours à moi, soit pour démarche, soit pour conseil. On n’avait pu rien obtenir de Littré ; je suis allé chez Michelet qui a sur lui toute influence, et c’est ainsi, seulement ainsi, que vous avez l’article de Littré, j’ai une lettre de Michelet qui le constate et le prouve. En