Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/116

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monsieur persisterait dans quelque tentative sur la vente, utile que tu en causasses avec quelqu’un, soit M. Bouclier, soit M. Ridel. Il est impossible que cette opposition ait quelque valeur, Charles ne possédant rien dans cette vente. Que signifie la ligne soulignée par moi ? est-ce qu’il y a quelque chose dans le catalogue qui concerne Charles ? Je ne puis supposer cela. Enfin, chère bien-aimée, veille à cette petite affaire. Veille aussi à la restitution de tous les objets indiqués dans la lettre relative au marchand de la rue des Martyrs.

Aie soin de bien ouvrir les tiroirs de tous les meubles, de vider les coffres et les malles et les armoires pouvant être vendus, et de n’y laisser aucun papier. Je te recommande énormément cela. Tu sais le parti qu’on peut tirer d’un papier intime égaré. Je vais entrer dans des haines féroces.

Il faut retirer le paravent de vieux laque estimé 60 francs et le meuble Coromandel estimé 70 francs. Si la stalle n’allait pas à mille francs, il faudrait la retirer. Retirer aussi les grandes portes. Vends toutes les tapisseries, excepté les deux gothiques de la petite salle à manger (appliquées au mur). A-t-on mis dans le catalogue que la portière arabe qui sert de plafond vient de la casbah d’Alger ?[1] Garde quelques exemplaires de ce catalogue et tâche de m’en envoyer un. C’est pour nous un petit monument. Du reste tout ce que tu fais est à merveille. Pauvre chère amie, tu es accablée de fatigue, je t’en dédommagerai à force de tendresses. Embrasse ma Dédé et mon Victor. Serre la main de notre cher Auguste. À bientôt[2].


À Jules Janin.


Bruxelles, 9 juin 1852.

Cher poëte, on m’apporte votre article[3]. J’ai les larmes aux yeux. Je vous écris à tort et à travers, tout droit par la poste. Si on ouvre cette lettre, qu’y trouvera-t-on ? Un cœur qui s’épanche dans un cœur. À cette heure où je vous écris, on vend mes derniers meubles, mais ce n’est pas cela qui m’occupe. Ce qui m’occupe, ce qui me console et me charme, c’est le beau poëme que vous faites de cette pauvre ruine. Jamais vous n’avez été plus éloquent, plus profond, plus doux. Vous prenez dans votre âme l’accent vrai, le cri touchant, le mot cordial. Je vous remercie, je vous remercie.

  1. Cette portière est à la Maison de Victor Hugo.
  2. Bibliothèque Nationale.
  3. Journal des Débats, 7 juin 1852.