Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/127

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Mes co-proscrits ne voulaient pas me laisser partir. Trois députations sont venues me trouver à ce sujet. Je leur ai fait comprendre que mon expulsion forcée (inévitable) serait de l’honneur pour moi, et de l’amoindrissement pour eux. Ils n’ont plus insisté, mais je vois avec plaisir qu’ils me regrettent et que tous (à peu près) m’aiment et se grouperaient volontiers autour de moi. Il sera bon peut-être pour la démocratie que je sois un jour drapeau. Je sais ce que je veux et je ne veux que le bien.

Remercie avec effusion madame Vacquerie et madame Lefèvre qui, je pense, est peut-être à Villequier. Je suis heureux de sentir un si cordial accueil et de si tendres amitiés autour de toi.

J’espère que je trouverai Auguste à Jersey, et ce que tu me dis de la visite qu’y feront Paul Meurice et sa charmante femme, m’enchante. Nous aurons là peut-être quelques douces journées, en dépit des tempêtes qu’on fait autour de mon nom.

Erdan[1] est ici. Je lui ai donné à dîner hier. Ponsard est venu me voir. Janin est venu et a pleuré en m’embrassant. Je crois du reste que je laisserai une bonne trace ici et un souvenir respecté. On va publier mes discours complets. Je n’ai plus de place que pour t’embrasser et ma Dédé avec tout ce que j’ai de plus profond dans le cœur. Charles fait comme moi.

Le roman de Charles est charmant. Les 6 000 francs sont-ils rentrés ?[2])


À Adèle[3].


Bruxelles, 25 juillet [1852].

Ma Dédé, un petit mot pour toi, et un gros baiser. Je vais te revoir, tu sais ? Je vais passer la mer de mon côté, toi du tien, et nous nous retrouverons dans un lieu calme, libre et charmant. Là, nous attendrons la fin de la méchante pièce qui se joue en ce moment, et nous bénirons Dieu qui, nous ôtant la patrie, nous laisse la famille.

Charles viendra avec moi, et Victor aussi, j’espère. Tu vois bien que l’heureux groupe d’autrefois se reformera. Nous aurons Paris de moins, mais la mer de plus. Au lieu de la tempête des idées, nous aurons la tempête du vent et de l’eau. Cela est grand aussi. Chère enfant bien-aimée, je t’embrasse et tout le cœur de ton père est à toi[4].

  1. Erdan avait été, en 1851, acquitté lors du procès de L’Événement, mais il avait juge prudent de quitter la France après le coup d’État.
  2. Bibliothèque Nationale.
  3. Inédite.
  4. Bibliothèque Nationale.