Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/128

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À François-Victor[1].


Bruxelles, 25 juillet [1852].

Mon Victor, mon enfant chéri, il faut que, sitôt cette lettre reçue, tu partes et tu viennes à Bruxelles nous rejoindre. Tu as reçu, il y a quatre ou cinq jours une lettre de Charles qui t’en donnait en détail les raisons, raisons impérieuses, raisons sans réplique, puisées tout à la fois dans ta sécurité et dans ton honneur. D’après la lettre de Charles, nous t’attendions aujourd’hui au plus tard ; ne recevant pas l’avis de ton arrivée, l’anxiété me prend et je t’écris. Cher enfant, je sais la situation de cœur où tu es[2] et je la comprends, tu n’en doutes pas, tu me connais assez pour savoir que je sympathise profondément avec ce genre de chagrin ; tu dois comprendre de ton côté que, pour que je t’appelle auprès de moi en ce moment, il faut que ce soit absolument nécessaire. Je ne te répète pas les raisons, Charles te les a dites et sans rien omettre. Et puis, j’ai peur que ma lettre soit ouverte à la police et lue, et il est inutile de redire ce que Charles t’a expliqué. Viens donc, viens tout de suite, je t’en prie, cher enfant, au besoin, je te le commande.

Ce ne sera d’ailleurs qu’une séparation de peu de jours, tu le sais bien, tu peux rassurer le cœur qui souffre avec le tien. Je ne veux pas de ces souffrances-là pour toi, mon Victor, elles sont poignantes, je le sais ; ce que je te demande, c’est une semaine de courage. Il est impossible que tu restes un jour de plus à Paris. Comprends cela et viens sur-le-champ. Rien n’empêche qui t’aime de te rejoindre quelques jours après.

Tu recevras cette lettre demain matin lundi 27. Charles et moi nous t’attendons mardi matin 28 sans faute et sans retard. Un retard de toi aurait les plus grands inconvénients pour nous-mêmes ici. Mon Victor, à mardi. Je t’embrasse tendrement.

Nous partons nous-mêmes (forcés) mercredi pour Jersey où ta mère nous attendra. — On pourra te rejoindre à Jersey[3].


À Madame Victor Hugo.


Londres, lundi 2 août [1852].

Nous voici à Londres, chère amie. Je t’écris bien vite. Nous avons quitté Bruxelles, Charles et moi, avant-hier ; mes co-proscrits m’avaient donné la veille un dîner d’adieu. Le lendemain, plusieurs, entre autres Madier de

  1. Inédite.
  2. François-Victor avait une liaison et ne se décidait pas à quitter Paris.
  3. Bibliothèque Nationale.