Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/13

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À Madame Victor Hugo[1].


Paris, dimanche 26 août [1849].

Chère amie, tu as raison, j’ai l’air d’être dans mon tort, et cependant je n’y suis pas. Ce congrès[2] m’a accablé d’affaires, de lettres, de courses, de conférences, de visites, etc. Pendant huit jours je n’ai su où donner de la tête. J’ai été trois jours avec quatre heures de sommeil. J’avais commencé à t’écrire au milieu d’une séance, impossible même de finir la première page de ma lettre. Enfin c’est à peu près fini. Il reste encore les fêtes, les dîners, etc., mais le plus violent du courant est passé. L’effet de tout ceci a été magnifique et immense. Il paraît que j’ai très bien présidé. Richard Cobden[3] m’a dit : j’ai vu plus de cent meetings, je n’ai jamais vu présider aussi bien. — J’ai très bien parlé le dernier jour. Le marquis de Twerdale m’a dit : J’ai entendu O’ Connell[4]. II m’a fait moins d’effet que vous.

Je t’envoie tout ceci en bloc, avec mille tendresses de moi d’abord et de nous tous ensuite. Vous devez être bien heureux là-bas. Il fait si beau, et c’est si beau ! Je gronde mademoiselle Dédé qui ne préside pas de congrès de huit cents membres et qui ne m’écrit pas. Je ferai mon possible pour vous aller voir, ne fût-ce qu’une demi-journée. Tout dépendra un peu des avalanches de lettres et d’affaires et de travaux qui m’encombrent ici.

Nous dînons tous les jours ensemble, et nous parlons de toi et de vous. Tes fils ont dû t’écrire. Je leur donne de l’argent qu’Alfred[5] leur gagne au lansquenet. Les articles de la Presse sur le congrès sont de Charles. Émile de Girardin y a rompu la glace, s’est mis à parler et s’en est tiré à merveille. Nous dînons chez lui en corps mardi. Demain nous allons aux grandes eaux à Versailles et à Saint-Cloud. Hier, soirée et fête chez le ministre des Affaires étrangères. Mercredi les membres français du bureau traitent les membres étrangers à la Maison Dorée. La souscription est de quarante francs par tête.

Tu aimes tous ces détails, je te les donne, et puis je t’embrasse tendrement ainsi que Mlle Dédé que je récompense quoiqu’elle mérite d’être punie. Mais de si loin on ne peut qu’embrasser[6].

  1. Inédite.
  2. Le Congrès des Amis de la Paix.
  3. Richard Cobden, homme politique anglais, membre de la Chambre des Communes, promoteur du libre-échange ; grand ami de la France, il développa les relations commerciales entre les deux pays.
  4. Homme politique irlandais, membre de la Chambre des Communes.
  5. Alfred Asseline.
  6. Bibliothèque Nationale.