Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/130

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discours des représentants, discours des belges ; parmi eux Cappellemans, que tu as vu chez Paul et qui m’a dit des paroles touchantes. Au moment où je suis monté sur le Ravensbourne, à trois heures, pour venir à Londres, une foule immense encombrait le quai, les femmes agitaient des mouchoirs, les hommes criaient Vive Victor Hugo. J’avais, et Charles aussi, les larmes aux yeux. J’ai répondu Vive la République ! ce qui a fait redoubler les acclamations.

Une pluie battante venue en ce moment-là n’a pas dispersé la foule. Tous sont restés sur le quai tant que le paquebot a été en vue. On distinguait au milieu d’eux le gilet blanc d’Alexandre Dumas. Alexandre Dumas a été bon et charmant jusqu’à la dernière minute. Il a voulu m’embrasser le dernier. Je ne saurais te dire combien toute cette effusion m’a ému. J’ai vu avec plaisir que je n’avais pas semé en mauvaise terre.

Madier de Montjau et Charras m’ont prié, au nom de tous nos coproscrits de Belgique, de voir ici Mazzini, Ledru-Rollin, Kossuth, pour régler avec eux les intérêts de la démocratie européenne. Ils m’ont dit : parlez comme notre chef. Ceci me retiendra à Londres jusqu’à mercredi. Attends-nous donc à Jersey jeudi ou vendredi.

J’espère que tu es là passablement et qu’avant peu tu y seras tout à fait bien.

Londres est lugubre et hideux. C’est une immense ville noire. En y entrant on n’a qu’une envie, c’est d’en sortir. Charles se fait homme dans tout ceci, il va très virilement en avant.

Si Auguste est avec vous à Jersey, ce sera une grande joie pour moi de l’embrasser. J’ai écrit à Victor d’y être le 5 et j’y compte. Nous serons alors tout l’ancien groupe heureux.

Mon livre ne paraît que jeudi. Il y a eu des retards de prudence que je t’expliquerai. Je fais verser dans la caisse de secours des proscrits les premiers cinq cents francs qu’il me rapportera.

Je t’embrasse, chère femme bien-aimée. J’embrasse ma Dédé, que je n’ai pas vue depuis huit mois. Hélas ! oui, il y aura huit mois demain. Quel bonheur ! se revoir ![1]


À Tarride[2].


Jersey, 8 août 1852.

Je pense, mon cher monsieur Tarride, que Napoléon-le-Petit doit avoir paru en ce moment, et j’espère, sans encombre. J’attends sur ce dernier point de vos nouvelles avec impatience. J’ai vu M. Jeffs en passant à

  1. Bibliothèque Nationale.
  2. Éditeur belge de Napoléon-le-Petit.